Stratégie

Anis Lahlou, Chief Investment Officer, Aperture Investors (Generali Investments)

"Nous sommes engagés dans un cycle haussier de long terme"

10 juin 2021 - Propos recueillis par Pierre-Jean Lepagnot

Alors que rien, à part peut-être le risque inflationniste, ne semble vraiment tempérer l'optimisme des investisseurs, AOF a interrogé Anis Lahlou, Chief Investment Officer chez Aperture Investors (Generali Investments), sur sa perception de la conjoncture. Selon lui, les innovations devraient continuer d'alimenter le cycle haussier au cours des prochaines années.

Quel bilan tirez-vous de cette première partie d'année ?

Les marchés actions européens affichent un gain de 11,5% depuis le début de l'année après -3% en 2020, qui fut une année très particulière. Le rebond observé au second semestre 2020 a profité essentiellement aux valeurs qui ont su répondre aux problèmes causés par la pandémie : la technologie, les valeurs liées au digital, les medtechs et les biotechs, etc. Depuis le début de l'année, l'embellie des marchés est soutenue par les valeurs cycliques, celles jugées bon marché et les banques, bref, celles qui ont souffert l'an dernier. Cette nette progression, les banques ayant gagné entre 15% et 25% par exemple, est largement justifiée. Dans le sillage des résultats du premier trimestre, le consensus de bénéfice par action pour 2021 des sociétés européennes a bondi de 25%, c'est exceptionnel. 2021 est marquée par l'élargissement des opportunités avec des valeurs à la traine en 2020 et exposées au cycle.

Les investisseurs ne sont-ils pas trop optimistes ?

Je pense que le cycle haussier n'est pas fini. La Fed constate que l'inflation s'accélère, mais de manière contrôlée et temporaire. Elle estime surtout que l'économie américaine reste en sous-régime et qu'elle a besoin d'un temps de surchauffe pour retrouver durablement son équilibre de plein emploi. Dès lors, nous sommes engagés dans un cycle haussier de long terme, même si la première phase, la plus explosive, est sans doute derrière nous. Bien sûr, les marchés devraient connaître, comme dans tout cycle, des moments de faiblesse. Ces replis transitoires ont d'ailleurs souvent lieu durant l'été.

Quels seront les moteurs de la croissance ?

Selon moi, ceux qui s'interrogent sur le cycle et comparent la situation actuelle avec celle de 2000 font fausse route. La pandémie a accéléré le processus d'innovation déjà en cours. Dans les années à venir, il devrait y avoir une marée d'innovation dans les soins de santé, avec par exemple l'utilisation de l'ARN messager, et les nouvelles technologies, telles la 5G et l'essor de la réalité virtuelle. De même, les sociétés industrielles font des efforts majeurs pour accélérer la transition énergétique. Toutes les entreprises embarquées sur la courbe d'innovation contribueront au cycle et soutiendront les marchés. A court terme, ce qui pourrait dérégler cette mécanique serait une accélération incontrôlée de l'inflation qui porterait le taux américain à dix ans au-dessus des 3%, mais je n'y crois pas.