Stratégie

Gilles Guez, directeur général, BFT IM

«Nous voulons devenir leader du fund hosting en France d’ici 2020»

19 avril 2018 - Propos recueillis par Edouard Lacoste Lagrange

Sociétés de gestion

BFT IM, avec ses 30 milliards d’euros d’actifs sous gestion, pointe à la huitième place du classement Europerformance des sociétés de gestion d’actifs françaises. Entre deux roadshows pour présenter son nouveau plan stratégique « Engagement 2020 », son directeur général Gilles Guez nous en a détaillé les enjeux.

Quel bilan tirez-vous du déploiement de votre plan stratégique "Ambition 2017" clôturé l'année dernière ?
Lancé en 2014, le plan "Ambition 2017" nous a permis de faire un vrai bond en avant en termes de taille et de croissance de notre activité. Ainsi, nos encours ont progressé d'environ 9 milliards d'euros au cours des 3 dernières années, soit environ 3 milliards d'euros par an. Cela correspondait à plus du tiers de nos encours au début du plan. Nous affichons désormais plus de 30 milliards d'euros d'actifs sous gestion.

Sur quoi repose cette croissance ?
Nous avons bâti notre expansion sur trois piliers. D'abord, notre activité historique de gestion de trésorerie a continué à croître. Nous avons développé des expertises permettant d'accompagner une tendance de fond qui consiste, pour nos clients, à transférer leurs actifs du monétaire vers des obligations de court terme. Ensuite, nous avons fait décoller notre activité de gestion d'actifs de plus long terme avec notamment notre flashship BFT France Future qui gère 800 millions d'euros investis sur les petites et moyennes capitalisations françaises. Enfin, nous avons développé notre activité de "fund hosting".

En quoi consiste le "fund hosting" ?
Cela consiste à offrir à nos clients la possibilité de créer un fonds de droit français, sur une stratégie d'allocation spécifique, dont la gestion est déléguée à un gérant extérieur à la société. Relancée il y a trois ans, dans le cadre d' "Ambition 2017", cette activité a collecté 2 milliards d'euros entre 2014 et 2017. Filiale d'Amundi, BFT est chargée de développer, pour le compte de sa maison-mère, cette activité en France. Cela s'inscrit dans la montée en puissance du pôle Amundi Services.

Sur ces bases, vous mettez le cap sur 2020. Quelles sont les voies de développement qui sous-tendent votre nouveau plan ?
Notre plan "Engagement 2020" repose sur quatre piliers cette fois. D'abord, nous voulons renforcer notre leadership sur les expertises de gestion à court terme. Ensuite, nous allons continuer à miser sur l'innovation. Troisièmement, nous mettons l'accent sur l'essor de l'ISR. Enfin, notre plan doit nous permettre de devenir leader du "fund hosting" en France.

Prenons les objectifs l'un après l'autre. Quel est l'enjeu pour BFT sur la gestion à court terme ?
Nous allons continuer à accompagner le transfert des investissements du monétaire à l'obligataire de court terme. Nous devrons mettre en place des process de gestion permettant de générer de la valeur ajoutée sur un segment de marché, l'obligataire, où les rendements sont bas.

Quelle forme pourrait prendre l'innovation que vous appelez de vos vœux ?
Deux évolutions s'imposent à nous. D'abord, la nouvelle donne réglementaire nous oblige à innover pour répondre aux impératifs de Bâle III ou de Solvency II. L'un des enjeux est que nos fonds correspondent aux critères demandés pour faire partie des "coussins" de liquidité des banques et des assurances. L'autre évolution concerne l'environnement concurrentiel. Les barrières sont en train de tomber entre la gestion passive et la gestion active, ou encore les stratégies quantitatives et fondamentales. Il nous faut donc enrichir notre approche par des biais comportementaux par exemple ou encore accentuer notre leadership sur des segments moins concurrentiels comme les petites et moyennes capitalisations.

Comment va évoluer votre exposition à l'ISR ?
Notre objectif est clair : l'intégralité de notre gestion devra répondre à des critères ISR d'ici 2020. Notre plan prévoit de suivre deux pistes pour enrichir notre façon d'intégrer ces critères. D'abord, nous allons passer d'une stratégie de "best-in-class" à une stratégie qui intègre plus d'exclusions. Par exemple, nous sommes en train d'exclure les sociétés liées au tabac de nos portefeuilles. Ensuite, nous souhaitons intégrer à notre gestion le risque de réputation. En clair, il nous faut déceler en amont une controverse qui pourrait entrainer une dégradation de la "note ISR/ESG" d'une valeur.

Enfin, quelles sont vos ambitions dans le " fund hosting " ?
Nous visons un objectif de plus de 400 millions d'euros de collecte par an au cours des trois prochaines années.