Stratégie

Géraldine Sundstrom, managing director et gestionnaire de portefeuilles, Pimco

"Quand les intérêts de la planète rejoignent ceux de l'économie, le changement va à toute vitesse"

AOF - 5 novembre 2020 - Propos recueillis par Pierre-Jean Lepagnot

Pimco vient de dévoiler les conclusions de son Forum Séculaire sur les perspectives économiques et de marché des 3 à 5 prochaines années. Géraldine Sundstrom, managing director et gestionnaire de portefeuilles spécialisée dans les stratégies d'allocations d'actifs auprès du géant américain de la gestion d'actifs a accepté de nous livrer son analyse.

La crise actuelle, aussi grave soit-elle, n'est-elle qu'une péripétie ou la promesse de changements radicaux de notre économie ?

C'est loin d'être une péripétie ! La période actuelle n'a sans doute jamais été aussi disruptive depuis des décennies. En réalité, elle avait débuté avant la pandémie et cette dernière a accéléré les mutations en cours. Je m'explique. Pour la première fois, banques centrales et pouvoirs publics sont à l'unisson pour mettre en œuvre des plans de relance d'ampleur exceptionnelle, axés sur une économie plus digitale et plus verte.

Quelles conséquences pour les investisseurs ?

Cette onde de choc a fracturé l'économie en deux pans. D'un côté, les secteurs aux perspectives prometteuses, et de l'autre les secteurs amenés à décliner irrémédiablement. Dans ce cadre, les gestionnaires d'actifs doivent être beaucoup plus réactifs à l'évolution du monde, et bien plus sélectifs aussi. Chez Pimco, nous continuons de privilégier les actifs de qualité, remparts face à un environnement incertain. A partir du mois d'avril, nous avons également commencé à faire pivoter notre allocation au profit de secteurs cycliques porteurs, c'est-à-dire en lien, direct ou indirect avec les thèmes du climat et du digital. Nous croyons beaucoup en l'écosystème de la mobilité propre, qui intègre les batteries électriques, les puces électroniques, la conduite autonome, etc. De même, nous favorisons la robotique ou l'automatisation. Ces derniers thèmes sont évidemment présents dans l'industrie, mais devraient aussi prendre une place centrale dans les services. Il existe, par exemple, des robots qui livrent des diagnostics médicaux ou qui interviennent dans le domaine juridique. C'est un secteur très large.

Concrètement, comment orientez-vous votre stratégie actions dans ce " nouveau monde " ?

Toutes les valeurs dans notre portefeuille rejoignent de près ou de loin les thèmes du climat et du digital. Cela représente environ 120 entreprises dont la plus grande partie sont basées en Asie (en Chine, au Japon, en Corée ou encore à Taiwan) et aux Etats-Unis. L'Europe, malheureusement est sous-représentée avec environ 10% du portefeuille. Beaucoup de sociétés européennes n'entrent pas dans nos critères de sélection, le plus souvent parce qu'elles sont trop endettées ou déjà trop chères.

A propos de prix, ne pensez-vous que le secteur technologique est déjà largement valorisé ?

Certes, le secteur technologique s'est fortement apprécié un peu partout dans le monde ces derniers mois. Cependant, dans une optique de long terme, les perspectives apparaissent très encourageantes. L'être humain a tendance à penser de manière linéaire, en oubliant que l'économie ne fonctionne pas comme cela. Certains secteurs vont croître à un rythme beaucoup plus rapide que beaucoup le pensent. A titre d'exemple, la Chine a pour objectif de porter à 20% la part des véhicules électriques neufs en 2025, aujourd'hui située entre 2 et 3%. La réussite d'un tel objectif passe par un investissement massif qui profitera à tout l'écosystème. Par ailleurs, les spécialistes estiment que les voitures électriques couteront moins chères que les véhicules traditionnels d'ici deux ans. De même, dans 70% des pays, les énergies renouvelables sont d'ores et déjà les plus compétitives. En résumé, quand les intérêts de la planète rejoignent ceux de l'économie, le changement va à toute vitesse.

Dans cet environnement tourmenté, comment appréhendez-vous le marché obligataire ?

Le point crucial, c'est la recherche de la qualité. Nous préférons les pays solides avec des taux de rendements positifs, comme les Etats-Unis, l'Australie ou le Canada. Sur le segment du crédit, nous privilégions l'Investment Grade qui peut naviguer en eaux troubles. Nous apprécions également le crédit hypothécaire américain dans la mesure où les ménages sont très soutenus par l'Etat. Aujourd'hui, l'inflation est atone et ne devrait pas se redresser avant un certain temps. Pour autant, par mesure de prudence, nous ne délaissons pas les bons du Trésor americains indexés sur l'inflation. Enfin, nous consacrons une petite partie de notre allocation à l'or, que nous considérons comme la monnaie ultime car on ne l'imprime pas. Dans un environnement marqué par des taux réels négatifs, l'or joue à plein son rôle de valeur refuge.

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