Stratégie

Guillaume Jalenques de Labeau, PDG, et Nourane Charraire, directeur de la gestion, Mansartis

"Tout est une question de confiance"

AOF - 30 avril 2020 - Propos recueillis par Pierre-Jean Lepagnot

Gestion d'actifs

Face à une crise inédite, l'Agence Option Finance a interrogé Guillaume Jalenques de Labeau, PDG de Mansartis et Nourane Charraire, directeur de la gestion, pour connaître leur analyse.

Quelle était votre exposition avant la crise ?

Guillaume Jalenques de Labeau, PDG :

Nous avons débuté l'année avec une légère sous-pondération sur les actions, c'est-à-dire à environ 70%. Quand le virus a déferlé sur l'Europe, nous avons fait le constat que cette crise serait significativement différente de celle de 2008. A l'époque, la conjoncture commençait à se détériorer et le système bancaire et financier menaçait d'exploser. Rien de tout cela aujourd'hui … Après un net ralentissement en 2019, l'économie commençait à repartir en début d'année avec un chômage en baisse, des taux d'intérêt extrêmement bas, ... Par ailleurs nous étions persuadés que les banques centrales, et les pouvoirs publics ne commettraient pas les mêmes erreurs qu'en 2008 en tardant à intervenir. Et effectivement, celles-ci se sont rapidement et massivement mobilisées tandis que les Etats ont fait en sorte que les entreprises ne détruisent ni l'emploi ni leurs capacités productives à travers des efforts budgétaires sans précédent. Aussi, dès le début, nous avons compris que le choc serait violent, mais qu'il ne devrait être que temporaire.

Justement, la reprise ne risque-t-elle pas d'intervenir plus tardivement que prévu ?

Guillaume Jalenques de Labeau :

C'est effectivement le seul élément de notre scénario qui a évolué. Nous nous sommes aperçus que la mise en place des mesures de déconfinement s'étalerait sur plusieurs mois, retardant d'autant le rebond. Pour autant, il aura bien lieu !

Comment avez-vous réagi à la chute des marchés ?

Nourane Charraire, directeur de la gestion :

Il est clair que la réaction des marchés a été brutale. Les actions ont perdu environ 40% entre le 19 février et le 14 mars tandis que le marché obligataire s'est fermé. L'Investment Grade comme le High Yield ont chuté. Nous avons très vite estimé que les marchés allaient trop loin et nous nous sommes renforcés sur les actions à la mi-mars, lorsque les indices étaient au plus bas. Depuis, ils ont regagné 25% !

Selon vous, le pire est derrière nous ?

Nourane Charraire :

A court terme, nous redoutons une correction de 10% à 15%. Les marchés sous-estiment selon nous l'impact de la crise sur les résultats des entreprises. Nous tablons ainsi sur une chute de 30% à 40% des bénéfices au deuxième trimestre ce qui fragilise le consensus de -20% sur l'année. Pour autant, nous restons confiants. En premier lieu, les pays suivent la même courbe d'apprentissage du Covid-19 et la pandémie semble sous contrôle. De plus, les entreprises sont bien moins endettées qu'en 2008 et l'accès au crédit reste ouvert. Cette fois-ci, les banques jouent le jeu en accordant des crédits tandis que le marché obligataire est pleinement opérationnel grâce aux banques centrales.

Votre allocation a-t-elle évoluée face à la crise ?

Nourane Charraire :

Avant même la pandémie, nous n'étions pas exposés aux secteurs les plus touchés par la crise, ni du côté de l'offre (aéronautique, automobile) ni du côté de la demande (tourisme/hôtellerie, matières premières, services aux entreprises). Une sorte de " protection " qui s'explique par notre stratégie d'investissement. Nous ne sélectionnons que des valeurs de croissance structurelle, peu endettées, et donc moins sensibles à la conjoncture. Notre allocation s'articule par ailleurs autour de trois thématiques porteuses : les préoccupations sociales et environnementales, la consommation des classes moyennes émergentes et l'innovation industrielle et technologique. Cette dernière s'est avérée plus défensives que dans les crises précédentes.

Le bout du tunnel est-il pour bientôt ?

Guillaume Jalenques de Labeau :

Globalement, les entreprises résistent et le pouvoir d'achat des consommateurs devrait être préservé. Aux Etats-Unis par exemple, le chômage a été multiplié par quatre, mais il est temporaire. La grande majorité des Américains retrouveront leur emploi. En réalité, tout est une question de confiance. Pour que l'économie rebondisse, il faut que les ménages se remettent à consommer le plus rapidement possible après le déconfinement. C'est là où nous verrons le bout du tunnel.