Stratégie

Parole d’expert

Une récession mondiale est-elle imminente ?

Option Finance - 12 novembre 2019 - Communiqué

BNY Mellon

Dans un contexte de guerres commerciales incessantes et de taux d’intérêt bas, voire négatifs dans la plupart des pays développés, Curt Custard, CIO de Newton, et Dave Leduc, CIO de la gestion obligataire active de Mellon1, sociétés d’investissement de BNY Mellon Investment Management, tentent aujourd’hui d’évaluer la probabilité d’une récession en 2020 ainsi que son ampleur potentielle.

La probabilité d’une récession mondiale a-t-elle augmenté récemment ?
C. Custard :
Nous avons atteint un stade très avancé du cycle économique, ce qui plaide largement en faveur d’une légère correction. Le fait que la hausse des marchés observée depuis la crise financière mondiale soit en grande partie due à l’intervention des politiques monétaires me semble préoccupant. Les rendements nominaux négatifs concernent désormais 15 000 milliards de dollars d’actifs2, ce qui contredit toutes mes connaissances dans le domaine de l’économie. Je pense qu’on a essayé d’enfoncer un clou avec un tournevis au cours de la dernière décennie. Autrement dit, on s’est trompé d’outil. Les banques centrales ont maintenant les mains liées. La mesure objective de leur fonction se limite à l’inflation des biens et à un objectif de prix. Ce contexte a lui-même généré un certain nombre de distorsions qui finiront, selon moi, par débloquer la situation.

Quelle est votre principale préoccupation au sujet de la prochaine récession ?
D. Leduc :
J’ai peur que la prochaine récession ne révèle la situation réelle des investisseurs. Depuis la crise financière mondiale, la politique monétaire a eu un impact négatif en augmentant les rendements des actifs financiers au détriment des rendements futurs. Elle a accru les injections de fonds dans des actifs moins liquides. Selon moi, les structures très liquides abritant des actifs peu liquides sont celles qui connaîtront les plus graves problèmes lors du prochain ralentissement économique.
C. Custard :
Je suis moins préoccupé par une récession mondiale que par l’impact du populisme dans les cinq années à venir. Cela pourrait modifier les règles fondamentales du capitalisme.

Quelles pourraient être les implications pour les investisseurs et leurs portefeuilles ?
C. Custard : A l’heure actuelle, les spreads de crédit sont relativement serrés à travers le monde. La bonne approche, selon nous, ne consiste pas à éviter le risque de crédit ou les actifs présentant un risque de défaut. Il s’agit plutôt de réfléchir avec les équipes de recherche pour identifier les menaces et opportunités de ces marchés, afin de bâtir des portefeuilles diversifiés. Investir dans un monde incertain ne consiste pas à se mettre à l’abri et à ne plus bouger.

Pensez-vous que les Etats-Unis pourraient être économiquement dépassés par la Chine et/ou l’Inde au cours des 11 prochaines années ?

D. Leduc : Les prévisions d’effondrement imminent des Etats-Unis me semblent grandement exagérées. Les Etats-Unis ne sont pas confrontés aux mêmes défis démographiques que le Japon, ou même la plupart des pays d’Europe occidentale. Le potentiel de production des Etats-Unis demeure robuste, surtout si l’on tient compte du fait que le commerce – 11 % du PIB américain – est moins important pour nous que pour la plupart de nos partenaires commerciaux. Même si d’autres économies sont en croissance, les Etats-Unis devraient conserver leur prééminence sur la scène mondiale pendant un certain temps.
C. Custard : Je ne pense pas. Je me souviens de l’époque où le Japon allait devenir la première économie mondiale parce que sa croissance atteignait 8 % par an. Mais le Japon a un problème démographique bien connu. A mon avis, la situation démographique est encore plus grave en Chine…

Quelle est la place de l’Europe dans tout cela ?
C. Custard : En théorie, l’économie de la zone euro devrait être beaucoup plus robuste et dynamique. Ses dirigeants semblent préférer la continuité et la stabilité à la croissance économique.
D. Leduc : Nous identifions des opportunités en Europe, bien que les rendements de nombreuses obligations soient en territoire négatif. Pour un investisseur américain, les calculs concernant les rendements européens sont en fait assez intéressants. Si on laisse de côté les mathématiques compliquées liées à l’utilisation de contrats de couverture à terme ou au taux d’intérêt appliqué, il est possible de bénéficier du différentiel de taux d’intérêt à court terme entre les différents marchés. Par exemple, lorsque vous couvrez le Bund allemand en dollars, vous pouvez obtenir un rendement supérieur à celui des bons du Trésor américain à 10 ans.

1. Les gestionnaires sont retenus par BNY Mellon Investment Management EMEA Limited (BNYMIM EMEA), BNY Mellon Fund Management (Luxembourg) S.A. (BNY MFML), ou des sociétés affiliées, assurant l’administration des fonds, à des fins de services de gestion de portefeuille portant sur les produits et services proposés par BNYMIM EMEA, BNY MFML ou les sociétés administratrices des fonds.
2. Source : Financial Times, 3 octobre 2019.
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