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Epargne

Comment passer du fonds en euro aux unités de compte ?

Funds Magazine - 3 février 2020 - Propos recueillis par Catherine Rekik

Epargne

Face à l’inquiétude croissante des assureurs, à la limitation des souscriptions sur les fonds en euro et à la baisse de leurs rendements, Funds s’interroge sur la meilleure façon d’accompagner les épargnants dans ce changement de paradigme pour l’épargne.

Après les performances exceptionnelles de 2019 pour la plupart des classes d’actifs, comment aborder cette nouvelle année ?

Jacques Sudre
Après une année aussi exceptionnelle et aussi peu anticipée que 2019, les conditions d’investissement pour 2020 sont difficiles à entrevoir. La performance des actifs à risque a été exceptionnelle, portée par le revirement des banques centrales et la poursuite du cycle économique américain, désormais le plus long jamais connu. Il est donc difficile d’avoir une vue très positive sur les performances des actifs risqués. Chez Amiral Gestion, nous avons une approche guidée par la valorisation des actifs et l’analyse fondamentale. Que ce soit sur les actions ou les obligations, nous avons une approche prudente et très sélective, car les primes de risque ne rémunèrent pas de façon adéquate le risque fondamental que nous pouvons identifier. C’est un constat très général, qu’il faut nuancer selon les différentes poches des marchés et de la cote.

Hubert Lemoine
L’année 2019 peut se résumer en deux trimestres : un premier trimestre qui a salué le retour généralisé des politiques monétaires accommodantes par une hausse de 15 %, et un dernier trimestre caractérisé par une légère amélioration de la dynamique macroéconomique qui s’est traduite par une progression de 10 à 12 % des marchés. La fin d’année a salué le rebond du cycle alors que, au début de l’été, les inquiétudes quant à la macroéconomie avaient entraîné une correction des marchés actions et une baisse des taux assez violente : le taux allemand a atteint son plus bas, à - 0,73 %. Il faut donc procéder à arbitrages de taux qui ne rapportent plus rien en zone euro vers des actifs plus risqués. Cette bascule paraît inéluctable, mais la recherche de rendement devient de plus en plus risquée. Les primes de risque sont de plus en plus contractées aux Etats-Unis et en Europe. Les marchés ont aujourd’hui anticipé le rebond de l’économie mondiale. La question est de savoir si cela va se confirmer alors que les principales banques centrales sont plutôt en mode «pause».


Les investisseurs privés vont donc devoir prendre plus de risques tout en étant moins bien payés pour ces risques ?

Jacques Sudre
C’est bien la problématique actuelle. En effet, les épargnants vont avoir des rendements moindres et un accès plus limité aux fonds en euro, et donc un besoin de pendre plus de risque pour avoir plus de rendement. Il faudra donc leur expliquer clairement l’état des marchés et les perspectives qu’ils offrent. C’est ce que nous essayons aussi de faire au sein de nos produits, avec beaucoup de transparence et de lisibilité.

Julien Dauchez
Notre équipe procède à des analyses de portefeuilles pour un ensemble de clients basés en Europe, dont les conseillers financiers. Il est intéressant de constater que tout ce qui a été dit précédemment se retrouve dans les portefeuilles des conseillers financiers en France. Ces derniers ont été très prudents dans leur construction de portefeuilles l’an dernier. Ils ont, pour l’essentiel, comme les investisseurs individuels, raté une bonne partie de l’envolée des marchés actions, comme l’atteste l’analyse des flux. 2019 a été la deuxième année la plus importante concernant les sorties des fonds actions depuis 2002. Cela inclut autant les fonds actifs que les ETF, ce qui montre bien que les investisseurs sont passés à côté de ce rallye. Nous avons vu, fin septembre, un retournement s’opérer dans les portefeuilles. Les flux suivant la performance, il y a eu des réinvestissements dans les marchés américains et, plus timidement, dans les marchés européens. Les conseillers financiers qui nous soumettent leurs portefeuilles pour analyse sont clairement en train d’accroître leur exposition aux actifs risqués, car ils ont envie de rattraper ce qu’ils ont raté l’an dernier. Ils s’orientent plutôt vers les small et mid caps européennes, les actions britanniques ou émergentes, c’est-à-dire des segments des marchés actions moins chers que les marchés américains ou les grandes valeurs européennes. Cette tentative de rattrapage s’accompagne aussi du côté obligataire d’un mouvement vers des stratégies plus risquées comme le high yield ou la dette émergente en devise dure. Cela se traduit par un niveau de risque implicite en hausse dans les portefeuilles par rapport à l’an dernier.

Isabelle Pras
2019 a été une année sous contrainte pour l’assurance vie en général, avec un niveau de taux bas qui a eu un impact important sur les capitaux des compagnies. L’été dernier, en raison du niveau des risques des fonds en euro, un certain nombre d’acteurs ont été obligés d’augmenter leur capital pour faire face à la dégradation de leur solvabilité. Nous constatons cependant que, malgré cet environnement de taux bas, il y a toujours de la demande pour des contrats d’assurance vie. L’épargnant français continue d’investir dans ce type de placements, et il faut investir au mieux cet épargne dans l’intérêt du client, tout en tenant compte de son profil de risque. Nous sommes dans une situation où l’assuré qui possède un contrat d’assurance vie est généralement averse au risque, alors que le contexte économique et le régulateur imposent de sortir de cette situation d’investir dans un fonds en euro pour aller vers des placements plus dynamiques et donc plus risqués. Un taux garanti a un vrai coût et, jusqu’à présent, cela n’a jamais vraiment été expliqué à l’assuré. L’effort pédagogique est important pour expliquer aux clients pourquoi le fonds en euro n’est plus le meilleur placement, pourquoi ils doivent diversifier leur épargne et aller vers des unités de compte avec des profils de risque différents. Pour notre part, nous avons privilégié l’augmentation du nombre de fonds proposés dans la partie unités de compte ainsi que des services intégrés comme les fonds profilés ou la gestion pilotée.

Le sujet des fonds en euro a largement été évoqué dans la presse ces dernières semaines. Est-ce que cela suscite des questions chez vos clients ? Perçoivent-ils réellement les risques ?

Isabelle Pras
Nous avons deux types de clientèles. Certains suivent l’actualité et posent des questions, en particulier sur la solvabilité financière des compagnies. Ils nous interrogent pour savoir si nous avons eu des problèmes ou des besoins d’augmentation de capital. Les autres ont souscrit un contrat d’assurance vie par le passé et ne s’en occupent pas. Nous devons donc aller vers eux pour leur expliquer la situation et pour qu’ils comprennent pourquoi les taux de rendement baissent. Nous devons faire de la pédagogie sur le fonctionnement des marchés et leur proposer une vision plus dynamique du contrat d’assurance vie.

Les clients savent-ils de quoi est composé un fonds en euro ?

Isabelle Pras
Ils ont accès à l’information car elle figure dans le rapport annuel mais, la plupart du temps, ils n’ont pas cette curiosité. Ils ont fait ce placement dans une optique patrimoniale et de transmission du capital. 


Du côté des conseillers financiers ou CGP, les fonds en euro suscitent-ils des questions ? Ces supports constituent-ils encore une part importante des portefeuilles de leurs clients ?

Julien Dauchez
Parmi les conseillers qui nous demandent d’analyser les portefeuilles, il faut différencier les CGP des conseillers des réseaux bancaires pour qui, structurellement, la part des fonds en euro est plus importante. Ils auront plutôt tendance à les soutenir, alors que les CGP ne sont pas forcément incités à les garder dans des proportions importantes. En revanche, nous voyons bien que la performance calamiteuse des marchés en 2018 a influencé l’orientation de l’épargne. L’an dernier, jusqu’à fin septembre, les fonds en euro ont représenté 17 milliards sur les 18 milliards d’euros collectés. Cette faible part sur les unités de compte est la conséquence du traumatisme engendré par les marchés en 2018. L’impact a été immédiat sur les investisseurs finaux. Par ailleurs, sur la nature même du fonds en euro, il est toujours perçu, probablement à tort, comme un produit d’épargne bancaire. Les clients ne comprennent pas forcément le lien avec la performance de l’actif général de la compagnie d’assurances. Ils voient un taux et une sécurité du capital, ce qui, dans l’environnement actuel, est encore perçu comme un gage de sûreté. Sous l’impulsion des autorités de régulation et des conseillers financiers, il y a un effort pour faire valoir les unités de compte dans le financement d’un projet de vie. Même si le fonds en euro n’érodait pas autant le capital des compagnies d’assurances, son rendement n’est pas de nature à faire fructifier son capital. Il y a clairement un courant en faveur des unités de compte, plus adaptées à une épargne de long terme. 

Isabelle Pras
Dès qu’il y a des annonces économiques ou politiques qui ont un impact sur la volatilité des marchés financiers, cela déclenche en effet des mouvements vers le fonds en euro. Les clients ont peur de perdre du capital et cherchent refuge dans le fonds en euro. Nous l’avons constaté en 2019, mais le mouvement est très surveillé par le régulateur qui pousse, avec les compagnies d’assurances, depuis septembre, pour que tout investissement en fonds en euro s’accompagne d’un investissement en unités de compte afin qu’il n’y ait plus de placements 100 % sur des supports en euro. 

Ce mouvement vers les fonds en euro et les SCPI, autres gagnantes de la collecte en 2019, n’est-il pas aussi lié, au-delà des performances des marchés, à la déception causée par les fonds dits «patrimoniaux» ?  

Hubert Lemoine
Il est de plus en plus compliqué de compenser les variations des marchés actions avec une allocation de taux. Il faut toujours plus d’obligations pour compenser une baisse de 10 % des actions, dans une allocation 50/50. Il y a donc bien une forme d’inefficience des fonds patrimoniaux liée à la faiblesse des rendements obligataires. Il faut donc renouveler l’offre de produits proposés aux clients. 

Jacques Sudre
Les fonds patrimoniaux ne sont pas une classe d’actifs en soi. On trouve dans cet univers de fonds des stratégies très variées et, parfois, les clients n’ont pas compris la performance de certains fonds compte tenu de l’orientation des marchés. C’est pour cela qu’il nous semble très important que la stratégie de gestion, les processus mis en œuvre et l’allocation au sein d’un fonds patrimonial soient aussi transparents et compréhensibles que possible. Les clients doivent comprendre les choix d’investissements des gérants. Par ailleurs, au sein des fonds patrimoniaux, il faut pouvoir utiliser toute la flexibilité qu’offre le processus de gestion. Le service proposé aux clients nous semblerait de moindre valeur ajoutée si les fonds patrimoniaux n’utilisaient pas l’amplitude d’allocation qui leur est permise. Ces deux éléments ont sans doute contribué à la déception des investisseurs et peuvent être des pistes de réflexion pour réhabiliter des gestions qui apportent beaucoup aux clients. 

Julien Dauchez
La France reste la championne du monde de l’utilisation des fonds patrimoniaux, loin devant les autres pays européens pour lesquels nous analysons aussi les portefeuilles. Il y a un phénomène de plus en plus frappant sur les marchés : en 2018, les actions et les obligations ont beaucoup baissé et, à l’inverse, l’an dernier, les deux classes d’actifs ont performé. La décorrélation entre les actions et les obligations européennes qui offrait par le passé un effet coussin n’existe plus, ce qui pousse les conseillers financiers à une recherche de diversification plus grande. Ils combinent en particulier des actions thématiques avec des stratégies obligataires de type absolute return ou global macro. 


En prenant des mesures dissuasives pour limiter les souscriptions dans les fonds en euro, les assureurs ne mettent-ils pas les épargnants au pied du mur ?

Isabelle Pras
Comme nous l’avons déjà précisé, la garantie du capital est une option financière, et cela n’a jamais été expliqué ainsi. La plupart des assurés pensent que c’est normal et qu’il n’y a pas de raison que cela fonctionne autrement. Evidemment, fournir des explications le jour où le capital ne peut plus être garanti sans que cela génère un coût est plutôt compliqué. Et pourtant, comme toute option financière, la garantie du capital a un coût qui se révèle dans un environnement de taux bas, voire négatifs. Par ailleurs, ces taux bas étant une tendance de fond, les équilibres économiques sont différents, et il faut expliquer ces nouveaux paradigmes ; cela passe par poser des limites pour faire évoluer le marché. 

Par ailleurs, il y a un décalage entre le niveau des taux d’intérêt actuels et le rendement offert par les compagnies qui ont investi depuis longtemps dans les actifs qu’elles détiennent et qui peuvent utiliser cette réserve de lissage qu’est la PPE. Ces mécaniques ne sont pas faciles à expliquer à tous les assurés. 

La limitation d’accès aux fonds en euro est-elle une opportunité pour les asset managers ? 

Hubert Lemoine
Nous essayons bien sûr de proposer des solutions pour compenser la baisse des taux de rendement. Il faut optimiser ce rendement plus faible et ce risque plus important. 

Parmi les solutions proposées par Arkea IS, il y a les fonds à échéance de Schelcher Prince Gestion, avec une exposition sur les marchés émergents pour avoir un surcroît de rendement, ou les produits de performance absolue, avec des stratégies de portage ou des stratégies d’arbitrage sur les courbes de taux ou les devises. Au travers d’enveloppes assurancielles, Federal Finance Gestion propose notamment des fonds à formule (gamme Autofocus), qui depuis dix ans ont apporté des rendements de l’ordre de 6 % et des durées d’investissement un peu supérieures à deux ans. Ces produits permettent d’apporter un rendement conséquent si les marchés actions ne baissent pas au-delà de 40 %. En 2020, une gamme Autofocus ESG sera lancée. Il faut innover pour accompagner ces changements, amener les clients à basculer vers les actions de façon prudente, au travers d’obligations convertibles ou des produits diversifiés. 

Jacques Sudre
Nous souhaitons en effet pouvoir répondre aux besoins du client et l’accompagner en dehors du fonds en euro. Nous essayons de le faire avec une proposition de prise de risque progressive et sur des classes d’actifs différentes. Dans l’obligataire, à travers notre fonds Sextant Bond Picking, nous avons une approche fondamentale en ligne avec notre approche de gestion sur les actions. Nous opérons une sélection de titres que nous voulons protectrice de l’investissement de nos clients. Au-delà de cela, nous proposons une flexibilité d’intervention pour nous exposer aux meilleurs rendements/risques sur tous les segments obligataires, en couvrant les devises et en ayant un risque de duration faible. Nous avons aussi la possibilité de ne pas être totalement investis afin de protéger nos clients et de saisir des opportunités. 

Deuxième possibilité : introduire une allocation aux marchés actions, à travers le fonds Sextant Grand Large, avec une sélection fondamentale encore plus résiliente que dans nos autres fonds. Le processus d’allocation repose sur la valorisation des marchés de long terme. Aujourd’hui, nous avons une pondération aux actions plus faible afin de protéger nos clients de valorisations qui nous semblent élevées. Nous intervenons également sur des obligations avec les mêmes expertises et un profil encore plus protecteur. 

Julien Dauchez
Aujourd’hui, les conseillers financiers expliquent à leurs clients qu’il n’y a pas de martingale. Par le passé, le fonds en euro leur apportait du rendement, une garantie et de la liquidité mais, désormais, le rendement ne peut s’obtenir qu’avec un risque plus élevé à travers les unités de compte. Certains produits immobiliers vont offrir plus de rendement, mais au détriment de la liquidité. 

Les fonds structurés commencent aussi à se multiplier dans les portefeuilles que nous analysons. 

Les CGP vont aussi aller plus loin chercher du rendement dans la constitution d’une poche obligataire et essayer de doper la performance du portefeuille avec des fonds plus réactifs, avec une composante actions, un thème ou une orientation particulière. Ils cherchent à compenser la baisse du rendement du fonds en euro par une recherche plus avancée de la diversification. 


L’évolution de la construction des portefeuilles conduit-elle à une redéfinition des profils de risque des clients ? A une redéfinition des horizons de placements ?

Isabelle Pras
Tout investissement commence par une analyse du profil du risque de l’assuré. Durant de nombreuses années, le profil prudent a été associé au fond en euro. Cette définition doit être revue, car le fonds en euro n’est pas sans risque et qu’il existe des unités de compte, des fonds profilés, par exemple, qui ont un faible niveau de risque. Les mentalités doivent évoluer sur ce sujet, car l’association faite précédemment était inexacte. Il faut expliquer ce qu’est un horizon d’investissement et comment, en fonction de ce dernier et de son profil de risque, le client peut aller piocher dans telle ou telle catégorie de fonds. 

Julien Dauchez
Chez les conseillers financiers, nous avons en effet constaté une redéfinition des profils de risque, mais la réponse apportée reste tributaire des marchés. A peu près 11 600 milliards de dollars de dettes traitent avec un taux négatif. Il est donc compliqué de constituer un portefeuille défensif qui combine rendement et sécurité du capital, comme le ferait le fonds en euro. Les conseillers cherchent donc des solutions en combinant différentes stratégies obligataires et des stratégies alternatives très liquides. Il y a tout un travail fait sur l’horizon d’investissement et sur la perception du risque. C’est par la diversification que les conseillers financiers cherchent à créer une alternative au fond en euro. 

La diversification est donc aussi importante pour les fonds que dans la construction des portefeuilles des clients… 

Isabelle Pras
Avec la diversification, nous revenons à un des fondamentaux de la finance. Se diversifier n’est pas forcément un comportement naturel chez les assurés. 

Jacques Sudre
Pour revenir à ce qui a été évoqué précédemment sur le besoin de diversification obligataire, je précise que l’univers des obligations notées investment grade en euro rémunère 0,2 % pour une sensibilité de 7. C’est très long, et il y a malgré tout un risque de taux. Pour mémoire, les taux ont réaugmenté depuis la fin de l’été dernier. Le risque des émetteurs est également très long. Si l’on souhaite prendre plus de risques en investissant dans des titres émis par des entreprises, le rendement est assez faible également, de l’ordre de 0,7 %, pour une duration inférieure à 6. Ce qui explique que l’on trouve plus de high yield dans les portefeuilles des clients aujourd’hui. Mais, là aussi, il faut être prudent, car il y a une grande dispersion des risques et le taux de défaut pourrait augmenter. 

Hubert Lemoine
La forte baisse des taux et le resserrement des spreads de crédit a marqué 2019. Ce qui marquera 2020 sera certainement le «picking». La sélection d’émetteurs avec le meilleur ratio rendement/risque, mais aussi éviter les accidents de crédit seront les marqueurs importants. 


Créé il y a quelques années, le fonds eurocroissance n’a pas eu beaucoup de succès. Comment l’expliquez-vous ? Il aurait pu s’imposer comme une transition du fonds euro classique vers les unités de compte.

Isabelle Pras
Les fonds eurocroissance ont été créés dans une période où les taux étaient déjà bas. L’idée était de garantir le capital sur une période déterminée et, en effet, l’objectif était de faire évoluer la façon d’envisager son épargne. Peu d’acteurs se sont lancés, et les produits n’étaient pas simples à expliquer aux assurés qui ne comprenaient pas la notion de garantie à terme. Le fonds eurocroissance a été modifié avec la loi Pacte pour lui donner un second souffle et plus de visibilité sur le marché. En pratique, tous les assureurs n’en proposent pas, et la demande reste faible.

Julien Dauchez
Ce support n’a pas trouvé sa place par le passé, alors qu’il aurait pu constituer une transition utile dans le contexte actuel. En revanche, la loi Pacte a eu un effet très positif sur l’émergence de l’investissement socialement responsable dans les portefeuilles (ISR). C’est sans doute un des mouvements de fond les plus importants dans les portefeuilles des CGP et des conseillers financiers en Europe, mais surtout en France. La part de leurs clients millennials augmente et favorise l’ISR. D’autant que la performance de ces fonds est au rendez-vous. 

En banque privée et en gestion de fortune également, les conseillers cherchent à remplacer des fonds par des propositions équivalentes en ISR, en particulier dans la partie actions. 

Le sujet prend aussi de l’importance dans les sociétés de gestion. Est-ce le cas chez Arkéa IS, en réponse à une demande des clients des réseaux ?

Hubert Lemoine
Au sein du groupe, cinq analystes extra-financiers travaillent pour Federal Finance et Schelcher Prince Gestion. Toutes les gammes de produits sont concernées : les fonds à formule ou les mandats pilotés chez Federal Finance Gestion, les fonds d’obligations convertibles ou crédit chez Schelcher Prince Gestion. Il y a une vraie demande de la part de nos investisseurs, mais nous sommes aussi persuadés de l’intérêt financier de ce positionnement. Il doit nous permettre de surperformer, mais aussi de diminuer le niveau de risque de nos investissements. 

Les clients sont donc plus sensibles aux produits pour lesquels ils perçoivent une meilleure gestion des risques

Isabelle Pras
Nous constatons en effet une demande pour ce type de fonds, mais nous en sommes au tout début. Nous travaillons à un élargissement de notre offre vers le capital-risque, mais aussi vers des fonds ISR. Sur ce point, l’existence du label est un gage qui rassure les clients. Par ailleurs, c’est aussi une des composantes d’investissement de la compagnie. C’est un outil de communication sur la gestion de nos placements. 

Jacques Sudre
Depuis longtemps, nous avons une note qualité qui intègre des éléments ESG, car c’est un facteur de performance. Par ailleurs, nous gérons deux mandats dans le respect de critères ESG pour le compte d’investisseurs institutionnels français. Nous sommes en permanence en réflexion pour intégrer au mieux ces critères dans la sélection de valeurs qui composent nos portefeuilles. 


Quel est le rôle des différents acteurs pour amener les épargnants à privilégier davantage les unités de compte ?

Isabelle Pras
Toutes les personnes proches des clients ont une mission pédagogique pour expliquer la nécessité d’investir dans d’autres supports, dans leur intérêt. Mais pour cela, il faut que nous puissions avoir une offre d’unités de compte qui corresponde à leur profil de risque. Il faut que les asset managers et les banquiers nous proposent de nouveaux produits. 

Hubert Lemoine
Il faut en effet que nous puissions, dans un univers de faibles rendements, construire des produits pertinents pour les clients. C’est un exercice compliqué, mais nous avons fait évoluer notre offre à destination des conseillers et des compagnies d’assurances, en élargissant l’univers d’investissement géographique et de produits, tout en intégrant une dimension ESG.

Jacques Sudre
Notre gamme de fonds est réduite mais, pour mieux répondre à la problématique de transparence, nous devons renforcer la simplicité et la lisibilité, en améliorant les reportings et en collaborant plus étroitement avec les partenaires qui distribuent nos produits. En matière de gestion, nous devons continuer de renforcer les moyens alloués à l’analyse fondamentale pour que les portefeuilles, notamment diversifiés et obligataires, soient adaptés à la sélection des rendements/risques dans un contexte inédit.

Julien Dauchez
Les conseillers ont un rôle à jouer en donnant accès à leurs clients à de nouvelles propositions d’investissement, avec des niveaux de risque différents. Ils font un travail d’éducation et de communication important, car ils sont en contact direct avec les investisseurs finaux. Ils ont l’habitude de travailler avec un nombre limité de fournisseurs mais, régulièrement, on voit apparaître des démarches innovantes dans les portefeuilles.