L'analyse d'Alain Zeitouni

Zone euro : les planètes sont-elles réellement alignées ?

Funds - Mai 2015 - Alain Zeitouni, Russel Investments

En astronomie, un alignement planétaire est un phénomène rare au cours duquel plusieurs corps célestes se retrouvent alignés, ce qui donne lieu à des interprétations parfois mystiques, voire fantaisistes. Faut-il y voir un lien avec nos marchés financiers ?

Depuis quelques mois, le concept d’«alignement des planètes» est largement utilisé pour décrire la situation économique de la zone euro. Faiblesse de l’euro, baisse significative des prix de l’énergie, taux structurellement bas du fait de la politique monétaire de la BCE seraient les ingrédients de cet «alignement des planètes». Cet alignement justifierait la forte performance des marchés actions européens depuis le début de l’année, et surtout des perspectives favorables pour les prochains mois.

Depuis la crise financière de 2008, les économies européennes ont été durement touchées mais, après deux récessions et quatre années de croissance anémique, l’année 2015 marquera certainement le retour à une croissance de l’ordre de 1,5 % à 2 % dans la zone euro. Les indicateurs avancés semblent aller dans ce sens : révisions à la hausse de la demande de crédit, indicateurs de sentiment en zone d’expansion, révisions à la hausse des principaux agrégats macroéconomiques pour 2015 et 2016.

Les marchés actions de la zone euro ont longtemps affiché un retard par rapport à la performance des autres marchés développés. Ainsi, depuis le début de la crise financière, fin 2007, jusqu’à fin 2014, la performance des marchés actions européens s’est établie à + 1,19 %, contre + 58,45 % pour les actions internationales (1). L’analyse des marges bénéficiaires des entreprises explique largement cet écart de performance : celles-ci n’ayant pas retrouvé leurs niveaux d’avant-crise, les entreprises européennes étaient bien en retard par rapport aux entreprises américaines, dont les marges sont au plus haut historique. La baisse du pétrole, dont les principaux bénéficiaires seront les entreprises nipponnes et européennes, ainsi que des taux d’intérêt anémiques, permettront sans nul doute à nos entreprises d’abaisser leur point mort et de reconstituer leurs marges.
Si l’on se penche sur les niveaux de valorisation, les actions européennes, longtemps faiblement valorisées, ne sont plus bon marché et l’écart avec les niveaux de valorisation des actions américaines s’est récemment fortement réduit. Les PE à douze mois sont de 16 fois les bénéfices 2015 en Europe, contre 17,5 fois aux USA.

Les indicateurs de sentiment se sont également détériorés récemment, du fait de la forte hausse des marchés actions. Les flux de capitaux en direction des marchés actions européens ont été massifs en ce début d’année (plus de 45 milliards d’euros), attestant d’un mouvement de repondération des actions européennes par les grands investisseurs internationaux, mais il semble que ce mouvement s’essouffle. Dans certains cas, les indicateurs techniques attestent de niveaux sur-achats sur les actions européennes, ce qui pourrait indiquer une correction à court terme.

Effectivement, la zone euro semble sortie de sa zone de turbulences avec un retour de la croissance, des perspectives de croissance bénéficiaires pour les entreprises de 12 à 16 % selon nos estimations, ce qui est positif pour les marchés actions. Les valorisations, sans appeler à la prudence, appellent toutefois à plus de discernement, alors que les indicateurs de sentiment nous recommandent la prudence à court terme.

En astronomie, les alignements de planète sont des phénomènes rares, mais surtout temporaires. Si l’on prolonge l’analogie entre l’astronomie et les marchés financiers, il convient certainement de ne pas être complaisant avec les actions européennes et d’être réactif dans son allocation d’actifs, afin de ne pas négliger les facteurs de risque : élections au Royaume-Uni début mai avec potentiellement le débat sur la sortie du Royaume-Uni de la zone euro, le dossier grec, le spectre d’une déflation dévastatrice, le chômage structurellement élevé (11,5 % de la population active) et éventuellement une déception sur la croissance pour 2015.