L'analyse de Julien Leegenhoek

Valeurs technologiques : l’innovation comme source de performance future

Funds - 11 octobre 2018 - Julien Leegenhoek, Union Bancaire Privée (UBP)

Les actions des grandes entreprises du secteur technologique ne devraient pas bénéficier d’une hausse de leurs ratios P/E au cours des prochaines années. En revanche, la multiplication des innovations actuelles contribuera à soutenir les revenus et les profits des acteurs les mieux positionnés.

Depuis la crise financière de 2008, le secteur de la technologie a affiché une performance annuelle impressionnante de 15,4%, surpassant largement celle des actions globales (10,2%), et même celle des actions orientées croissance («growth») (11,5%). L’année 2018 semble poursuivre sur cette tendance avec une progression des actions technologiques de près de 12% à fin juillet, surperformant leurs homologues «growth» (7%) et les actions globales (4%).
 
Avant 2018, les investisseurs profitaient essentiellement de trois sources de performance, à savoir la croissance des bénéfices, l’augmentation des dividendes et l’expansion du ratio P/E (cours/bénéfices). Les investisseurs ont raison de penser que la croissance des bénéfices a constitué le moteur essentiel de performance du secteur technologique depuis la crise, mais elle a en réalité représenté seulement 49% de la performance totale. L’expansion du ratio P/E s’est révélée être une autre source de performance significative, représentant 37% de la performance totale sur la période.
 
Depuis le début de 2018, les moteurs de performance ont profondément changé. La croissance des bénéfices a de loin constitué la plus forte contribution à la performance. En revanche, le ratio P/E semble désormais constituer un frein. En dehors de la bulle technologique des années 2000 ou des périodes de récession et de crise, le secteur a affiché un ratio cours sur bénéfices glissants qui est resté en tendance autour de 22-25 fois. Il semble désormais évident qu’en l’absence d’une bulle, le secteur technologique ne pourra plus s’appuyer sur un «re-rating» des ratios P/E pour tirer la performance dans les années à venir. Néanmoins, il peut continuer à s’appuyer sur l’innovation pour créer de nouvelles sources de revenus et de profits. En outre, la vague d’innovation actuelle touche un grand nombre de secteurs et d’industries, et plusieurs domaines sont particulièrement porteurs. Citons pêle-mêle la voiture autonome, l’intelligence artificielle, la blockchain ou les jeux vidéo.
 
La révolution de la voiture autonome
 
La voiture autonome est certainement la grande innovation à venir. La capacité à se déplacer sans effort et de façon plus sûre et moins chère changera probablement le monde, à l’instar du téléphone portable. Les entreprises sur ce segment sont nombreuses et affichent des ambitions élevées, notamment Alphabet (maison mère de Google), Uber, Tesla ou encore General Motors, pour ne citer qu’elles. De son côté, l’intelligence artificielle entre à présent dans une phase d’expansion considérable. L’imitation par les machines du fonctionnement cognitif humain servira d’abord à l’automatisation des tâches répétitives au sein des entreprises, et permettra des gains de productivité très importants. Selon la société Accenture, l’intelligence artificielle devrait se traduire par 14.000 milliards de dollars de création de valeur d’ici à 2035, soit 17% du PIB mondial 2017.
 
La blockchain, qui permet de mettre en commun des bases de données gigantesques et d’en garder une traçabilité, est très prometteuse. La récente bulle témoigne d’ailleurs de la force de cette technologie à l’avenir. Même si cette innovation n’en est qu’à ses prémices en termes d’applications et de déploiement, elle est appelée à durer, quelle que soit la forme qu’elle pourra revêtir. En effet, la blockchain rendra les transactions sur internet plus sûres et plus efficaces mais elle nécessite, au préalable, l’installation d’infrastructures solides adoptées par tous. Par conséquent, son avènement prendra plus de temps que certains ne le souhaiteraient.
 
Enfin, nous assistons depuis le lancement de la dernière génération de consoles à une renaissance du secteur des jeux vidéo. La structure concurrentielle a favorisé les acteurs historiques en raison des coûts toujours plus élevés des nouveaux jeux, ainsi que de l’importance de la propriété intellectuelle et des franchises. En outre, la digitalisation des produits a entraîné une amélioration des marges. A ce renforcement de l’existant se sont ajoutées de nouvelles opportunités. Le streaming de jeux vidéo prend une ampleur inédite, le jeu occupant une place sans cesse croissante dans nos vies, et plus particulièrement auprès des Millennials. Le eSport devient aussi une activité professionnelle à part entière. Cette vague devrait franchir un palier supplémentaire avec l’arrivée prochaine de la réalité virtuelle. Parions que les acteurs du segment des jeux vidéo sauront bénéficier de ces nouvelles technologies.