L'analyse de Nicolas Trindade

Les taux directeurs : remonteront-ils un jour ?

Funds Magazine - 6 juillet 2015 - Nicolas Trindade

Avec exactement 50 pays ayant assoupli leur politique monétaire depuis le début de l’année, la Réserve fédérale des Etats-Unis et la Banque d’Angleterre semblent de plus en plus isolées sur le chemin de la hausse des taux directeurs.

Depuis le début de l’année, l’économie mondiale a vu un nombre important de pays assouplir leur politique monétaire, en réaction au ralentissement de la croissance en Chine et à la chute du prix du pétrole, ou, plus particulièrement en Europe, suite aux actions de la Banque centrale européenne. La BCE, en initiant en mars son programme d’achats de dette souveraine, venant s’ajouter aux achats de dette sécurisée et d’ABS, a poussé, suite à la dépréciation rapide de l’euro, d’autres banques centrales européennes soit à baisser leurs taux directeurs soit à lancer leurs propres programmes d’achats d’actifs – ou parfois les deux, comme pour la Riksbank suédoise.

Comme chaque année maintenant, le premier trimestre a été difficile pour l’économie américaine, qui a connu un fort ralentissement. En mars, l’indice ISM était tombé à son plus bas niveau depuis un an, sûrement en conséquence directe de la rigueur de l’hiver sur la côte est. Ainsi, la deuxième estimation du PIB a sans surprise révélé une contraction de l’économie au premier trimestre (- 0,7 % en rythme annuel), sous l’effet de la forte chute des exportations et de la dépense publique. Cependant, les indicateurs récents suggèrent une poursuite de l’expansion, avec notamment un taux de chômage restant bas à 5,5 % et 280 000 créations d’emplois au mois de mai, démontrant que les facteurs qui expliquent la faiblesse du début d’année devraient bien être temporaires et se dissiper. Malgré une inflation qui continue à chuter, avec un rebond attendu au quatrième trimestre, nous prédisons une première hausse des taux pour le mois de septembre.

En effet, la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) semble clairement préparer les marchés financiers pour une première hausse des taux cette année, malgré la sous-performance de l’économie. L’une des principales raisons en est la crainte de commencer en retard le cycle de durcissement, engendrant une montée des taux beaucoup plus abrupte et potentiellement destructrice pour les marchés financiers. Une première montée des taux en septembre, même si légèrement prématurée, devrait permettre d’assurer un durcissement beaucoup plus graduel, et ainsi limiter l’impact sur les marchés financiers afin d’éviter un scénario comme celui de 1994. Il s’agit aussi d’un message fort adressé à la communauté financière, confirmant que les Etats-Unis sont bien sur la voie d’une croissance durable justifiant une normalisation graduelle de la politique monétaire. Un point moins discuté mais tout aussi important est la volonté de la Fed de réduire le risque moral associé aux taux à zéro pendant une durée de temps si longue incitant à des prises de risque élevées, surtout lorsqu’ils sont combinés à des injections de liquidités importantes des banques centrales, réduisant artificiellement la volatilité sur les marchés.

Une fois que la Fed aura augmenté ses taux directeurs, il sera beaucoup plus facile pour la Banque d’Angleterre (BoE) de faire de même. Le PIB au premier trimestre a été relativement décevant, avec une expansion de seulement 0,3 % (en rythme annuel), dû à une faiblesse des exportations et du secteur des services. Nous nous attendons à un rebond du PIB au deuxième trimestre, avec une croissance prévue aux alentours de 2,6 % pour 2015. Dans ce contexte, nous voyons la BoE commencer à monter ses taux directeurs en février de l’année prochaine.

Cependant, cette prévision est directement liée aux perspectives de croissance de l’eurozone, représentant le principal partenaire du Royaume-Uni pour ses exportations. De plus, le référendum sur le maintien de l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne, au plus tard en 2017, pourrait freiner les investissements, faisant potentiellement dérailler la croissance et poussant la BoE à retarder la première hausse des taux.