L'analyse de Sebastian Paris Horvitz

Un marché obligataire déboussolé

Option Finance - 25 juin 2021

La semaine dernière, au cours de sa conférence de presse, le président de la Fed, Jerome Powell, nous a fait vivre un moment des plus étranges.

En révisant à la hausse la croissance et l’inflation pour 2021, les membres du comité de politique monétaire semblent maintenant penser que les taux directeurs devraient être remontés plus tôt que prévu… mais pas avant une vingtaine de mois ! La réaction du marché obligataire a été des plus incongrues. L’ensemble de la courbe de taux a baissé, et l’essentiel de ce recul est dû à une baisse des anticipations d’inflation.

Quelques éléments techniques liés au positionnement des investisseurs peuvent expliquer ce mouvement. Néanmoins, pour certains, celui-ci reflète un changement de stratégie de la Fed : elle abandonnerait notamment sa nouvelle politique monétaire, qui a pour but de compenser les périodes d’inflation faible, en laissant l’inflation dépasser sa cible pendant une période donnée. Or aujourd’hui, rien n’est plus loin de la réalité, la Fed n’a absolument pas changé de stratégie.

Finalement, ce mouvement sur les taux longs explique une situation inédite. En effet, la baisse des taux ou la persistance des taux à des niveaux très bas, qui sont maintenus dans des conditions financières extrêmement accommodantes, viennent soutenir une croissance déjà forte. Cette situation ne semble pas soutenable, à moins de considérer que la sortie de cette crise va nous entraîner dans une croissance plus faible que toutes les anticipations existantes.

Il est plus probable que les taux longs continueront leur ascension graduelle, surtout si les politiques monétaires se normalisent. En outre, il faut souligner que, compte tenu de la sensibilité montrée par les marchés dans le contexte actuel, une erreur d’anticipation sur l’inflation pourrait s’avérer bien plus néfaste qu’anticipé sur le monde obligataire et les marchés en général.