L'analyse de Thomas Sorensen

ESG

Encore sous-explorée et sous-investie, la composante «S» est pourtant fondamentale !

21 janvier 2021 - Thomas Sorensen

Encore sous-exploré, le « S » – la composante sociale – de l’approche ESG s’avère pourtant fondamentale : environ deux tiers des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU sont consacrés à la promotion sociale, mais pour atteindre ces objectifs, un investissement estimé de 5 à 7 milliards de dollars par an est nécessaire au sein de l’industrie financière. La pandémie de Covid-19 et les récentes manifestations sur les inégalités sociales ont amplifié la prise de conscience de ce thème.

Il est temps de faire avancer le monde dans la bonne direction en allouant des capitaux aux entreprises axées sur la fourniture de solutions d’investissement « sociales ». Nous ne devons pas sous-estimer le pouvoir de l'allocation des capitaux en matière d’ambitions ESG.

La composante « S » de l’ESG a été quelque peu négligée ces dernières années, l’attention étant le plus souvent principalement tournée vers la composante environnementale. L’une ne doit pas être exclusive de l’autre ! Par exemple, de 2017 à 2019, 61% des flux d'investissements liés aux ODD des Nations Unies concernait des fonds axés sur l'environnement. Cependant, la pandémie de Covid-19 et les récentes manifestations d'inégalité sociale - qui ont principalement été menées par les jeunes générations - ont amplifié la prise de conscience autour de ce thème et il est temps d'agir.

Si nous pensons aux 17 objectifs des ODD, près des deux tiers sont consacrés à la promotion sociale. Pour atteindre ces objectifs, un investissement estimé à 5 à 7 milliards de dollars est nécessaire par an, or aujourd’hui, seulement la moitié est allouée. Cet écart crée des besoins et opportunités en vue de soutenir les entreprises capables de fournir des solutions sociales. Ces entreprises peuvent être classées selon trois catégories thématiques : les besoins vitaux, l'inclusion et la promotion sociales. Cela représente à l’échelle mondiale un univers d'environ 1 000 entreprises matures sur ces questions, et dont les modèles économiques sont stables.

« Être assez ‘fou’ pour changer le monde »

Un exemple : Kahoot!, une société norvégienne spécialiste de l’éducation et qui a créé une plateforme d'apprentissage en ligne engageante et amusante. Selon l'ONU, 69 millions de nouveaux enseignants sont nécessaires pour atteindre les objectifs d'éducation des ODD, d'ici 2030. L'écosystème éducatif de Kahoot! est vaste puisque 800 millions d'élèves bénéficient de cette plateforme et 6 millions d'enseignants utilisent le système pour améliorer leurs expériences éducatives. Sa base d'utilisateurs est en croissance considérable.

Une autre entreprise est particulièrement innovante sur le plan social, Bank Rakyat, deuxième plus grande banque d'Indonésie. C'est une des institutions de microfinance les plus performantes au monde. De nombreuses personnes en Indonésie n’ont pas accès à un compte bancaire, si bien que les petits prêts de la Bank Rakyat sont essentiels pour permettre aux familles de créer leur propre petite entreprise. Bank Rakyat peut accorder des prêts à des taux raisonnables, car son ratio de prêts improductifs est en fait très faible par rapport aux prêts bancaires traditionnels. Ceci est positif sur le plan social et sociétal.

Retenons une excellente citation de Steve Jobs, qui déclarait : "Ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde le font généralement." Oui, les acteurs de l’industrie de l’asset- management peuvent figurer parmi ces soi-disant fous et ce n'est pas une proposition insensée que d’investir, pour répondre aux enjeux sociaux d’aujourd’hui et de demain. Nous pouvons contribuer à faire avancer le monde en termes de promotion sociale, tout en générant des rendements attractifs pour les investisseurs. Nous mesurons déjà le pouvoir de l'allocation des capitaux dans le domaine environnemental et climatique. Nous connaissons donc la voie à suivre pour la composante sociale !