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L'analyse de Thuy Van Pham

Chine : malgré le redémarrage de l’activité en mars, le choc «coronavirus» sur la croissance est sévère au premier trimestre 2020

2 avril 2020

En Chine, la publication des résultats des deux premiers mois de l’année confirme l’impact profond de la pandémie de coronavirus sur l’économie. L’ensemble des indicateurs se sont effondrés. En particulier, la production industrielle a connu une contraction de 13,5 % par rapport à février 2019, tandis que l’activité des services a reculé de 13 %. Du côté de la demande, les ventes au détail ont chuté de 20,5 % par rapport aux deux premiers mois de 2019, les dépenses d’investissement des entreprises urbaines de 24,5 %.

Si les conséquences économiques de la pandémie ne constituent pas une surprise, le choc s’avère sévère. Il est désormais certain que l’activité se contractera au premier trimestre. Au vu des statistiques publiées, l’ampleur de la contraction du PIB sera forte. Selon nos estimations, elle pourrait ressortir à -9 % sur un an, soit -42 % sur un trimestre annualisé. 

Le choc sanitaire sur la croissance semble s’être atténué en mars. La situation s’est améliorée progressivement après deux mois de confinement. Des avancées ont été réalisées dans la prévention et le contrôle du virus. A ce jour, le nombre de nouveaux cas infectés s’est stabilisé. Le redémarrage de l’activité a également débuté depuis la seconde partie de février. Sur la base de la consommation d’énergie, du flux de passagers, du débit de conteneurs et d’autres indices, le niveau de la production se situe à ce jour entre 80 % et 85 % par rapport à celui observé à la même période en 2019. Au 27 mars, 24 régions affectées par le coronavirus et qui représentent 90 % du PIB, le taux de reprise des grandes entreprises est estimé à plus de 90 %. Seule la région d’Hubei, foyer de l’épidémie, reste confinée avec un taux de reprise faible, estimée à 54 %. Si la Chine parvient à maîtriser totalement la propagation du virus d’ici fin mars, le retour à la normale s’opérera à partir d’avril.

La phase de rattrapage sera stimulée par les mesures de soutien des autorités. La banque centrale a annoncé une baisse de 100 points de base des ratios de réserves obligatoires pour les banques. Cette décision s’ajoute à celles annoncées en février comprenant la réduction du coût de financement des banques commerciales visant à encourager les distributions de crédit et l’abaissement des taux interbancaire de court terme (7 à 14 jours). Les efforts de relance budgétaire et fiscale seront également déployés dans les prochains jours, « en temps opportun » selon le gouvernement.

La relance domestique risque toutefois de buter sur des obstacles défavorables, de sorte que la récupération de l’activité sera lente. Outre le maintien des contraintes strictes en matière sanitaire, les restrictions de transport dans le monde entraîneront des coûts supplémentaires pour les entreprises nationales déjà fragilisées par une faible demande intérieure alors que parallèlement, la perspective d’une récession mondiale va pénaliser davantage les exportations. De leur côté, les ménages mettront du temps à restaurer leur confiance, d’autant plus que leur pouvoir d’achat est détérioré par l’accélération de l’inflation.

Dans ce contexte, le ralentissement de la croissance du PIB sera plus marqué en 2020. Il s’expliquera par : 1/ le choc plus profond au premier trimestre ; et 2/ une récupération plus lente de l’activité compte tenu de la crise sanitaire généralisée et de la perspective d’une récession plus profonde dans les pays développés à partir du deuxième trimestre. La croissance annuelle sera au moins divisée par deux en 2020 : à 3 % contre 6,1 % en 2019. Sans un soutien budgétaire et fiscal de grande ampleur des autorités, elle pourrait descendre en dessous de 2 %. Il s’agit là des rythmes de croissance que les autorités centrales ne pourront se permettre pour des raisons sociales et politiques. La mise en place d’un grand plan de relance sera alors nécessaire malgré la contrainte liée au niveau élevé de la dette.