L'analyse d'Hervé Goulletquer

L'analyse d'Hervé Goulletquer

Europe : quand la solidarité passe par la concurrence

Option Finance - 30 Avril 2020 - Hervé Goulletquer

Le gouvernement italien avance sur un chemin de crête particulièrement étroit. D’un côté, il doit absolument soutenir l’activité économique et de l’autre il craint que, «s’il en fait trop», la sanction des marchés tombe sous la forme de pressions haussières sur le rendement des titres souverains. Malgré la présence de la BCE, le cercle vicieux ne serait pas loin, mêlant dynamisme trop mesuré de l’économie et déséquilibre renforcé des comptes publics. Ailleurs en Europe, les pays tendent à disposer de davantage de degrés de liberté en matière de politique de soutien et de relance permettant de se prémunir contre un tel risque. Doit-on laisser l’Italie se dépêtrer toute seule de ses difficultés ? Cela nécessiterait d’ouvrir un débat politique européen, entre une solidarité qu’on ne veut pas excessive et un soutien nécessaire pour que la faiblesse italienne ne pénalise pas ses partenaires. Comment en sortir ?

Il faut écouter l’analyse du président français. Elle prend en compte à la fois le fonctionnement du marché unique et les conditions de la concurrence. Selon Emmanuel Macron, la différence dans les mesures de soutien apportées par les différents pays membres doit s’interpréter comme une distorsion de la concurrence, qui entrave le bon fonctionnement du marché unique. Face au choc symétrique qu’est cette épidémie, des mesures de soutien plus importantes dans certains pays de l’Union européenne que dans d’autres, permettent en effet aux entreprises qui en bénéficient de retrouver plus rapidement et plus efficacement le chemin du retour à une exploitation normale de leur activité. Les producteurs allemands ou français en tireraient un avantage relativement aux Italiens, voire aux Espagnols. Ce qui ne serait pas souhaitable. Ce renversement de l’utilisation des arguments de solidarité et d’efficacité économique entre le Nord et le Sud de l’UE est habile. Suffira-t-elle à convaincre Berlin et ses alliés traditionnels sur ces questions ?