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La théorie de la dérivée seconde

Option Finance - 4 juin 2021

Depuis son point haut (1,74 %) fin mars, le taux 10 ans américain est retombé aux alentours de 1,60 %. Pourtant, la croissance américaine a été revue à la hausse ces dernières semaines, notamment par le FMI, et l’inflation a atteint 4,2 % en avril. Quelles explications à ce retracement à la baisse des taux américains ? Premièrement, le positionnement des investisseurs semble déjà largement à la sous-sensibilité aux taux et il est donc difficile de trouver de nouveaux vendeurs. Deuxièmement, le consensus prévoit que la hausse de l’inflation ne sera que temporaire, et les données de l’emploi moins bonnes que prévu en avril ont renforcé cette conviction. Enfin, un nouveau thème est à la mode : le marché serait tellement efficient qu’il ne faudrait plus regarder la croissance ou l’inflation mais se concentrer sur l’évolution de l’accélération de ces deux indicateurs. La croissance devrait rester forte mais les investisseurs estiment que l’accélération a été maximale aux Etats-Unis quelque part entre fin mars et mi-mai, ce qui justifierait la fin de la hausse des taux. Les taux suivraient les prévisions de la dérivée seconde de la croissance et de l’inflation. Une telle explication paraît particulièrement présomptueuse. Les taux américains ne laissent aucune marge d’erreur : à 2,50 % les taux nominaux américains 5 ans dans 5 ans sont équivalents au taux long terme de la Fed affiché par les membres du FOMC. Cette absence de prime de terme dans un environnement incertain paraît totalement incongrue. Après avoir été constamment surpris sur le plan économique ces derniers mois, le marché devrait remettre l’ouvrage sur le métier plutôt que d’imaginer a posteriori des justifications alambiquées à ses propres errements.