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L'analyse d'Arnaud-Guilhem Lamy

Le retour de la rente ?

15 mai 2020

La récession en zone euro pourrait atteindre entre -15 % et -18 % au deuxième trimestre et entre -8 % et - 12 % en 2020. La dette des Etats augmenterait donc de deux dizaines de points de PIB. Le nouveau programme d’achats de la BCE devrait permettre d’éviter toute hausse des taux et, tant que la banque centrale conserve les obligations d’Etat à son bilan, le paiement du coupon sur cette partie n’a que peu d’importance puisque les profits des banques centrales nationales sont reversés à l’Etat. Mais, ce soutien n’est que temporaire et la question du remboursement des dettes publiques devra être posée. Parmi les solutions évoquées, les eurobonds permettent de réduire les intérêts payés (par certains pays) mais ne règlent pas le problème du remboursement. La BCE pourrait s’engager à renouveler les titres en portefeuille ad vitam aeternam. Cependant, la monétisation des dettes reste un tabou pour de nombreux pays et la Cour constitutionnelle allemande a récemment mis le programme d’achat de la BCE sur la sellette. 

Une autre proposition, émanant de certains pays du sud de l’Europe, doit attirer notre attention : l’Union européenne émettrait des dettes perpétuelles et les fonds récupérés via ces émissions serait octroyés (et non prêtés !) aux pays en fonction de l’impact de la crise. Les intérêts seraient payés via le budget de l’UE, grâce à une nouvelle taxe ou des transferts entre pays. Si un tel consensus pouvait être obtenu, la question du remboursement et celle du renouvellement du stock détenu par la banque centrale ne se poseraient plus. Resterait alors la question de l’intérêt des épargnants pour ce type de produits. Investisseurs, replongez-vous dans la littérature du XIXe siècle : quel taux d’intérêt accepteriez-vous pour une rente ?