Le blog de Didier Borowski

Christine Lagarde arrive à point nommé à la tête de la BCE

Option Finance - 28 octobre 2019 - Didier Borowski, Amundi

Le mandat de Mario Draghi prend fin dans un climat de défiance à son encontre assez surprenant. L’homme n’a-t-il pas tout fait pour sauver l’euro lors de la crise des dettes souveraines puis su briser un tabou en mettant en place une politique d’assouplissement quantitatif ? Ce rôle décisif lui est largement reconnu, mais cela n’empêche pas la critique : il est aujourd’hui contesté pour avoir «forcé» l’institution à réactiver les achats de titres (son «QE») contre l’avis des banques centrales des pays du cœur de la zone euro (France, Allemagne, Pays-Bas et Autriche), certes minoritaires en nombre, mais qui représentent tout de même 60 % du PIB de l’Union monétaire. Les propres experts de l’institution auraient également émis des réserves face à la réactivation du QE.

Christine Lagarde prend donc les rênes d’une institution qui n’a probablement jamais été aussi divisée depuis sa naissance. N’être pas économiste de formation pourrait en définitive être un atout. En paraphrasant Clemenceau, la politique monétaire est peut-être devenue une chose trop grave pour être confiée à des économistes ! Pour la crédibilité de l’institution, il est nécessaire de rétablir un large consensus au sein de la BCE sur la marche à suivre. L’approche devra être plus collégiale. Cela dit, il ne faut pas s’attendre à un changement de cap. Christine Lagarde a toujours soutenu la BCE au cours des dernières années. Elle mettra tout son poids dans la balance pour rééquilibrer la politique économique, plaidant pour davantage de politique budgétaire et fiscale dans les pays qui en ont les moyens. C’est sans doute la condition sine qua non pour que la BCE n’en fasse pas plus.