Le blog de Didier Borowski

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Et si les multiplicateurs budgétaires étaient largement sous-estimés ?

Option Finance - 30 Avril 2020 - Didier Borowski

La plupart des économistes s’accordent quant à la nécessité de stimuler la croissance une fois l’épidémie sous contrôle. Car la reprise pourrait être entravée par la persistance de certains facteurs dépressifs (secteurs sinistrés, manque de confiance, dettes accumulées). Les plans de stabilisation devront donc progressivement céder la place à des plans de stimulation, ne serait-ce que pour ancrer les anticipations d’une reprise de la demande globale et éviter de tomber dans un équilibre de sous-emploi. Or les conclusions de la littérature empirique sur l’ampleur des effets multiplicateurs ont considérablement évolué depuis le début des années 2000. Avant la crise de 2008, les estimations donnaient des multiplicateurs de l’ordre de 0,5 : pour une hausse des dépenses (ou baisse d’impôts) de 1 % du PIB, ce dernier s’accroît au final de 0,5 %. Depuis lors, de nombreuses études empiriques ont montré que les multiplicateurs étaient plus élevés lorsque l’activité économique était très déprimée et le chômage élevé. La consommation des ménages dépend alors davantage des revenus courants que des revenus futurs, et l’investissement des entreprises de leurs profits courants que de leurs profits futurs. C’est notamment le cas lorsque les banques limitent le crédit ou que les ménages cherchent à se désendetter. Les multiplicateurs sont alors supérieurs à un. Et ils le sont d’autant plus que les taux directeurs sont proches de zéro. Dans ces conditions, certains chercheurs ont même montré que les multiplicateurs budgétaires pouvaient être supérieurs à trois ! Si tel est le cas, alors les économistes, et les investisseurs avec eux, pourraient sous-estimer la force de la reprise en 2021-2022.