Le blog de Didier Borowski

La crise du Covid signe-t-elle la fin de la « grande modération » ?

Option Finance - 9 avril 2021

Depuis le milieu des années 1980, la volatilité macroéconomique, celle de l’inflation et de la croissance du PIB, s’est affaiblie, tombant à son plus bas niveau de l’après-guerre. On avance des facteurs très variés pour expliquer cette période, dite de « grande modération ». D’abord, des facteurs structurels : avec l’optimisation du contrôle des stocks, le développement des marchés financiers, l’accroissement de la part des services dans l’économie, l’essor du commerce mondial, les cycles sont devenus plus lisses qu’auparavant. Ensuite, l’indépendance octroyée aux banques centrales leur a permis d’ancrer durablement les anticipations d’inflation.

Enfin, dans un tout autre registre, un « facteur chance », avec des chocs externes plus rares et moins déstabilisants, a pu contribuer à stabiliser les cycles.Avec la crise du Covid-19, on a observé une augmentation sans précédent de la volatilité sur le PIB, mais sans regain de volatilité sur les marchés financiers, et ce, grâce à l’intervention des banques centrales.

On peut néanmoins se demander si certains des facteurs qui ont conduit à la « grande modération » ne vont pas désormais jouer en sens inverse : relocalisation de certaines chaînes de valeurs, secteur des services fragilisé en cas d’épidémie, remontée de l’inflation, moindre indépendance des banques centrales. Dans ces conditions, on peut douter de la capacité de la politique économique à lisser, aussi efficacement que par le passé, les fluctuations conjoncturelles. Sans compter que les économies devront peut-être, par malchance, faire face à de nouveaux chocs : épidémies, chocs climatiques, conflits. Des cycles économiques plus heurtés s’accompagneraient inévitablement, tôt ou tard, d’une résurgence de la volatilité, notamment sur les marchés d’actions.