Le blog de Didier Borowski

La «guerre des changes» est perdue d’avance

Option Finance - 8 février 2016 - Didier Borowski, Amundi

La décision surprise de la Banque du Japon (BoJ) d’abaisser ses taux en territoire négatif a ravivé les craintes d’une «guerre des changes». Les banques centrales cherchent-elles, ou chercheront-elles, à procéder à des «dévaluations compétitives» pour doper leur croissance?

La stratégie serait mal avisée car le commerce mondial est en berne et qu’il y a peu à gagner. Sans compter qu’à ce jeu, par nature non coopératif, elles ont aujourd’hui toutes les chances d’échouer.

Par certains côtés, la zone euro et le Japon sont dans une situation similaire : 1) l’euro et le yen sont sous-évalués (le second bien davantage que le premier), 2) les pressions déflationnistes n’ont pas disparu, et 3) la demande externe s’affaiblit. Inévitablement, la Banque centrale européenne et la BoJ interviennent (ou interviendront) pour «maintenir» leur devise sous pression.‎

Mais le problème est qu’il n’y a plus, en face, de candidat à l’appréciation, bien au contraire. Le dollar et le RMB sont surévalués, et le temps de la croissance rapide est révolu. La Chine comme les Etats-Unis sont en «récession industrielle». L’appréciation du dollar (+ 25 % depuis la mi-2014 en termes de taux de change effectif) n’est plus soutenable ; il en est de même du côté du RMB.

Comment sortir de cette impasse ? Peut-être en reconnaissant que le «vrai déficit» n’est pas tant celui de la compétitivité ou des finances publiques que celui de l’investissement. Les «manipulations» de change n’ont jamais créé de croissance très longtemps. Il existe en revanche partout des initiatives possibles du côté de la politique budgétaire qui, en stimulant la croissance mondiale‎, éviteraient de croiser le fer sur les devises.