Le blog de Didier Borowski

La hausse de l’euro ne menace pas la reprise économique

Option Finance - 25 septembre 2017 - Didier Borowski, responsable de la macroéconomie, Amundi

Ce n’est pas tant le niveau de l’euro qui surprend que la rapidité avec laquelle la devise s’est appréciée depuis fin avril. Même s’il est clair que la hausse s’explique par des facteurs extérieurs à la zone (faiblesse généralisée du dollar et du sterling, notamment), la hausse observée depuis le début de l’année résulte aussi en grande partie de l’amélioration des fondamentaux de la zone euro, du solde excédentaire de sa balance courante et de moindres sorties de capitaux.L’appréciation du change vient durcir les conditions monétaires, ce qui est plus ou moins bienvenu selon l’état de la conjoncture et le niveau d’inflation. Les canaux de transmission par lesquels le taux de change affecte la croissance et l’inflation sont complexes et ne fonctionnent pas avec la même intensité selon le pays concerné et le positionnement de son économie dans le cycle.
Or la zone euro est au beau milieu d’une reprise cyclique qui a encore de beaux jours devant elle. D’une part, parce qu’il s’agit d’un rattrapage et que la croissance y est surtout tirée par la demande intérieure, avec une contribution quasi nulle du commerce extérieur. D’autre part, parce que les exportations continuent de bénéficier de la vigueur du commerce international qui profite, quant à lui, de la resynchronisation du cycle mondial.
En définitive, les effets négatifs sur les exportations ont toutes les chances de passer au second plan, derrière les facteurs cycliques domestiques (reprise du marché du travail, hausses de salaires). A condition toutefois que la hausse de l’euro demeure raisonnable. La BCE devra y veiller, en évitant de nourrir un mouvement de surréaction à la hausse.