Le blog de Didier Borowski

L’Italie plus risquée que l’Espagne ?

Option Finance - 12 novembre 2013 - Didier Borowski - Amundi

Les taux souverains espagnols sont passés en deçà des taux italiens (respectivement 4,07 % et 4,12 % sur le dix ans). Il est vrai que les bonnes nouvelles conjoncturelles s’accumulent en Espagne. Le pays est officiellement sorti de récession au troisième trimestre, tandis que le PIB a très certainement continué de se replier en Italie, où la récession s’est avérée beaucoup plus sévère au cours des cinq dernières années.

En revanche, la contraction du PIB nominal ressort plus prononcée en Espagne qu’en Italie, ce qui atteste de pressions déflationnistes plus marquées. L’Espagne est loin d’être sortie d’affaire : (1) le désendettement du secteur privé est à peine entamé ; (2) le taux de chômage est le plus élevé de la zone euro (après la Grèce) et le chômage des jeunes s’envole (57 % en Espagne vs 40 % en Italie) ; (3) les prix de l’immobilier n’ont pas fini de reculer, ce qui va désolvabiliser davantage des ménages déjà excessivement endettés ; les ménages italiens sont, quant à eux, beaucoup plus riches ; (4) les exportations de biens sont le seul vrai moteur de croissance mais représentent moins du quart du PIB : c’est insuffisant pour compenser la pression baissière sur la demande domestique privée, beaucoup plus marquée en Espagne qu’en Italie ; (5) la dette publique a plus que doublé depuis 2007. Et l’on n’attend pas d’inflexion du ratio dette/PIB avant 2017 au plus tôt, tandis qu’il devrait commencer à baisser dès 2015 en Italie grâce aux excédents primaires.

L’Italie fait face à de nombreux autres défis (faible croissance potentielle, manque de compétitivité, réformes structurelles insuffisantes). Mais, en définitive, si les taux espagnols sont passés en dessous des taux italiens, ce n’est pas pour de «bonnes raisons»...