Le blog de Didier Borowski

Vers une sur-réaction à la hausse de l’euro ?

Option Finance - 18 décembre 2020

Le taux de change effectif de l’euro s’est apprécié de 6 % depuis le début de l’année. A 1,22-1,23 dollar, l’euro est assez proche de sa parité d’équilibre calculée à partir de modèles traditionnels de valorisation. A ce niveau-là, les entreprises n’ont pas de réel problème de compétitivité. Quant aux exportations, elles seront avant tout sensibles au redémarrage de la demande mondiale. Et, de toute façon, la reprise sera avant tout tirée par la demande domestique en 2021.

Une chose est sûre : l’appréciation de l’euro ne s’explique pas par la dynamique de croissance. La zone euro ne retrouvera pas le niveau de PIB de la fin 2019 avant fin 2022, soit à peu près un an après les Etats-Unis.

Cela dit, l’Europe progresse, notamment sur le front de ses institutions (Fonds de relance, accélération du calendrier sur l’Union bancaire), ce qui augmentera sa résilience face aux chocs du futur. Les investisseurs étrangers, sous-investis en actifs de la zone euro, pourraient vouloir se repositionner sur ces derniers, ce qui pousserait l’euro à la hausse. Son appréciation récente est peut-être d’ailleurs le signe précurseur d’une baisse de la «prime de risque politique» qui a pesé sur la devise et les actifs européens au cours des dernières années.

L’appréciation de l’euro est néanmoins malvenue du côté de l’inflation. Les travaux de la BCE montrent que c’est lorsque l’euro s’apprécie rapidement que l’impact sur l’inflation est le plus prononcé. Et Fabio Panetta soulignait le 10 décembre que la hausse de l’euro avait déjà conduit la BCE à revoir à la baisse ses prévisions d’inflation pour 2021 et 2022. La BCE ne laissera donc pas l’euro monter sans réagir. Une baisse des taux d’intérêt n’est pas exclue si l’euro s’envole sans raison fondamentale (reprise de la croissance et reflation).