Le blog de Jean-François Boulier

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Ce que nous savons des variations de prix des cryptomonnaies

Option Finance - 5 mars 2021

Alors que la valeur du bitcoin a plus que quadruplé depuis le début de la crise, la plupart des autres cryptomonnaies ont elles aussi enregistré une envolée de leur cours. Dans deux études récentes, des chercheurs ont voulu comprendre les effets qu’avait l’évolution du prix d’une monnaie digitale sur celui des autres, mais aussi savoir si la fluctuation de leurs prix était corrélée à celle d’actifs financiers traditionnels.

Jusqu’où montera le prix du bitcoin ? Oscillant entre 7 000 et 10 000 dollars avant le début de la crise sanitaire, la plus célèbre des cryptomonnaies s’est depuis envolée pour avoisiner aujourd’hui 50 000 dollars – fin février, elle avait momentanément dépassé 57 000 dollars. Une ascension qui illustre l’importance prise par les monnaies digitales et qui incite un nombre croissant de chercheurs à s’intéresser au phénomène.

Une protection contre la baisse des prix du pétrole ?

Dans « Measuring volatility spillovers among cryptocurrencies : a generalized VAR approach », une chercheuse tunisienne, Abir Melki, s’est penchée sur les variations de prix de six cryptomonnaies, parmi lesquelles le Bitcoin, l’Etherum et le Ripple. Ses travaux portent sur la période allant d’août 2015 à septembre 2019, au cours de laquelle le Bitcoin, par exemple, était passé de 1 000 dollars à près de 20 000 dollars, avant de chuter sous le seuil de 8 000 dollars. Durant les quatre dernières années, le Bitcoin a représenté environ 80 % de la capitalisation cumulée des « cryptos » et la moitié des échanges, contre respectivement 8 % et 15 % pour l’Etherum. Les volatilités moyennes de leurs prix s’établissent entre 30 et 40 %, soit beaucoup plus que des devises usuelles pour lesquelles les volatilités sont inférieures à 10 %. L’étude montre que la corrélation des cryptomonnaies entre elles est très élevée, entre 80 et 90 %. Pour autant, Abir Melki constate que l’Etherum est le plus prompt à réagir, et que ses mouvements se transmettent ensuite au Bitcoin. De son côté, le Ripple réagit en différé aux chocs qui agitent les autres « cryptos ».

Dans une deuxième étude intitulée « Intraday hedging and the safe haven role of Bitcoin », Mohamed Arbi Madania, Zied Ftitib, Wael Louhichic et Hachmi Ben Ameur s’appliquent à modéliser les relations entre le Bitcoin et plusieurs actifs. Ce groupe de chercheurs franco-tunisiens a notamment retenu le dollar, l’indice action S&P 500 et le pétrole, sur la période mai 2018-mai 2019. Leurs analyses confirment plusieurs autres recherches qui mettent en lumière une certaine décorrélation entre les variations de prix du Bitcoin et celles des autres actifs. Surtout, elles permettent de mesurer plus spécifiquement la corrélation pendant les périodes de stress. Il ressort en particulier de leurs travaux que les prix du Bitcoin et du pétrole sont négativement corrélés pendant les vives tensions sur l’or noir, mais qu’en revanche, une corrélation négative n’apparaît pas nettement vis-à-vis des autres actifs financiers pris en compte.

L’intérêt croissant d’institutionnels

Compte tenu de l’essor récent du Bitcoin, la question de son utilisation institutionnelle peut se poser. D’ailleurs, plusieurs très grands noms, dont BlackRock, ont indiqué qu’ils ajoutaient les « cryptos » à leur univers de placement, suivant des acteurs innovants comme la société de gestion française Tobam, qui gèrent déjà des fonds investis en « cryptos ». Plusieurs banques ont également mis en place des dispositifs d’échange de « cryptos » contre devises classiques. Cet engouement n’est sans doute pas étranger à la montée des prix. Mais, plus fondamentalement, le lien entre ces innovations, longtemps considérées comme sulfureuses, et les marchés financiers ou les agrégats monétaires reste l’une des questions majeures, dont la réponse pourrait ne pas intervenir avant quelques années.