Le blog de Jean-François Boulier

Fixed (without) income

Option Finance - 11 mai 2015 - Jean-François Boulier, président du directoire, Aviva Investors France

Grâce à l’action vigoureuse de la BCE, les taux voisinent la nullité en zone euro, que l’on pourrait rebaptiser la «zone zéro». Pourtant, beaucoup d’investisseurs continuent à acheter des titres sans rendements, voire avec des rendements négatifs. Dans le cas du franc suisse, l’émission d’obligations à dix ans avec un taux négatif peut se comprendre dans une perspective d’appréciation de la devise. Mais l’euro, lui, ne devrait pas se raffermir avant que la BCE n’arrête son traitement de cheval !

L’achat contraint ou forcé en est sans doute davantage la raison, plutôt que la peur d’investir en Bourse, beaucoup plus en vogue par ces temps d’espoir de reprise économique. Pourrait-on rêver d’un assouplissement des règles pesant sur les institutions plutôt que de laisser les Shadoks continuer à creuser là où il n’y a plus rien ? Ou faut-il aider les épargnants, quelque peu drogués par des performances obligataires à deux chiffres l’an dernier et exceptionnellement bonnes depuis 1980, à essayer de goûter à d’autres placements ? Sans efforts pédagogiques, cette reprise risque encore de bénéficier aux investisseurs les plus aguerris, souvent aussi moins domestiques.

Mais cela pouvait être anticipé, pour autant que la BCE agisse. Les effets secondaires sont maintenant en train de se faire sentir. Les rendements négatifs sur beaucoup de placements forcent à maintenir des liquidités en quantité. Ils entraînent également la baisse des frais de gestion et de distribution. Ils poussent à allonger les maturités et à prendre des risques. C’est, depuis la crise de 2007, la période sans doute la plus favorable à l’immobilier, en raison des rendements locatifs, de l’atonie récente de la construction et de l’appétit non démenti des épargnants pour la pierre. Une autre drogue, plus dure peut-être ?