Le blog de Jean-François Boulier

Une analyse de Jean-François Boulier

Nuls en taux

Option Finance - 9 septembre 2019 - Jean-François Boulier

Les marchés obligataires en zone euro s’enfoncent en territoire de taux négatifs, apportant un soutien incontestable aux émetteurs publics ou privés dont plusieurs ont émis à coupons zéro récemment, mais aux dépens des investisseurs et des épargnants. Mi-août, 17 000 milliards de dettes étaient concernées par des rendements négatifs, selon Bloomberg. Cette situation, qui semble s’installer durablement, n’est pas sans risques.

L’écrasement des taux et des marges de crédit, par l’effet de la course au rendement, amène à soutenir des émetteurs fragiles dont la qualité peut être discutable et la viabilité hypothétique. En apportant de l’oxygène à tous les acteurs, la Banque centrale aide certains emprunteurs que l’on qualifiait autrefois de «zombies». En outre, que penser du spread de crédit comme information objective de valeur lorsque la Grèce emprunte à dix ans à moins de 2 % ? Ainsi la distorsion introduite par les taux nuls ou négatifs rend problématique toute mesure – comptable notamment – fondée sur les valorisations actuelles de marché.

Mais l’impact le plus patent pour les investisseurs est évidemment la baisse des rendements réels, devenus négatifs, car l’inflation même faible n’est pas compensée par le socle des taux. La surévaluation artificielle de nombreux passifs, du fait de taux d’actualisation trop faibles, soulève des questions quant à leur couverture par les fonds propres et appelle à une adaptation des règles de solvabilité. Quant aux épargnants, désorientés pour leurs placements, le danger d’une telle situation dans la durée est de les dissuader d’épargner et de leur faire perdre le peu de confiance qu’ils gardent dans les actifs financiers.