Le blog de Philippe Waechter

L'analyse de Phlippe Waechter

La BCE, dernier rempart de la zone euro

Option Finance - 7 mai 2020 - Philippe Waechter

Après le 26 juillet 2012 et l’intervention de Mario Draghi à Londres avec le fameux «whatever it takes», la BCE a acquis un rôle central dans le fonctionnement de la zone euro, celui de prêteur en dernier ressort. Cette novation avait alors rassuré l’ensemble des investisseurs et permis de résoudre la crise des dettes souveraines provoquée par la volonté de quelques Etats de réduire trop rapidement les déficits budgétaires des pays du Sud. La question est à nouveau posée, mais sous une forme différente. La contraction de l’activité n’a épargné aucune économie de la zone euro. Selon la Commission européenne, tous les pays connaîtront, en 2020, un choc négatif de très grande ampleur. Pour la zone euro, le PIB devrait se contracter de - 7,7 %, et pour la France de - 8,2 %. Face à ce choc, chaque gouvernement a le sentiment de pouvoir mieux gérer la situation de son pays individuellement plutôt que collectivement. L’absence de consensus dans les discussions autour des «coronabonds» illustre ce point.

Ce manque de coordination et de coopération à l’échelle de la zone euro est compensé par une activité sans bornes de la BCE. C’est elle qui crée le lien et permet à l’Union monétaire de continuer de fonctionner de façon efficace. La décision de la Cour constitutionnelle allemande, qui remet en question la légitimité du programme d’achats de dettes souveraines, est un reflet supplémentaire du comportement de pays européens souhaitant, chacun, tirer la couverture à eux. Elle enfonce un coin dans l’action de la BCE, au risque de lui faire perdre son efficacité : l’institution de Francfort ne serait plus le lien coopératif et coordonné entre tous les pays de la zone. L’hétérogénéité de cette dernière apparaîtrait alors au grand jour.