Le blog de Philippe Waechter

La France, les troubles sociaux et la croissance

Option Finance - 17 décembre 2018 - Philippe Waechter, Ostrum AM

Les troubles sociaux récents ont porté d’abord sur des questions de pouvoir d’achat. La taxe sur le carburant a été un détonateur. Pour relativiser ces éléments, il a souvent été fait une comparaison dans le temps du poids du carburant dans les dépenses des ménages, montrant alors que la question du carburant n’en était pas une. La situation est néanmoins plus complexe, les comparaisons devant se faire à l’échelle macroéconomique. On peut ainsi comparer le pouvoir d’achat du revenu disponible par unité de consommation (système de pondération de chaque membre d’un ménage) à des indicateurs de production (PIB par habitant) et de productivité (production par heure de travail).

De 2000 à 2008, ces trois mesures ont évolué de façon cohérente et équilibrée, les écarts de trajectoire étant limités et temporaires. La situation change avec la crise de 2008/2009 : l’indicateur de pouvoir d’achat reste fort, avec un point haut en 2010, alors que le PIB par tête et la productivité connaissaient une rupture à la baisse. Les stabilisateurs automatiques, via des mécanismes de redistribution, ont donc permis de maintenir la situation des ménages. La croissance qui reprend après 2013/2014 redonne de la cohérence à l’évolution des trois mesures, mais avec un rythme de progression plus réduit qu’entre 2000 et 2008 et au prix d’un fort ajustement à la baisse du pouvoir d’achat. Celui-ci, du fait des stabilisateurs automatiques, était trop élevé au regard de la croissance. Même si l’ajustement est douloureux, le pouvoir d’achat est condamné à progresser plus lentement parce que l’économie croît moins vite. Ce changement d’allure est inéluctable en raison d’une redistribution déjà très importante en France.