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Directeurs financiers, des opportunités dans les fintechs

Option Finance - 19 septembre 2016 - Sylvestre Rome

Fintech, Directeurs financiers

De plus en plus de fintechs cherchent à étoffer leurs équipes en recrutant un directeur financier. Si le poste reste similaire à celui offert dans les autres entreprises, il nécessite néanmoins d’être polyvalent et très réactif.

De nouvelles perspectives de carrière s’ouvrent pour les directeurs financiers dans les fintechs. Bien souvent, après avoir réalisé une levée de fonds, ces jeunes sociétés qui utilisent les nouvelles technologies pour innover dans les services financiers souhaitent étoffer leurs équipes, notamment en finance. «En mars dernier, nous avons réalisé notre second tour de table de 2,3 millions d’euros, raconte Ghislain d’Alançon, fondateur de Heoh, une fintech qui propose une solution de dons sur les terminaux pour cartes bancaires. Une somme qui va nous permettre de franchir une nouvelle étape de notre développement et pour nous y préparer au mieux, nous venons de recruter un directeur financier.»

Certains professionnels de la finance pourraient certes hésiter à venir travailler dans ce type d’entreprise naissante ; pourtant, le poste de directeur financier de fintech est assez comparable à celui offert dans les grandes sociétés, même si le périmètre d’activité est plus large. «Dans les grandes entreprises, les volumes à traiter sont très importants et chaque membre de la direction financière a un spectre d’activités souvent réduit et cloisonné, résume Emmanuel Perez-Duarte, directeur financier d’une fintech depuis 2014. A l’inverse, dans les start-ups, les volumes sont bien plus faibles et chaque tâche prend moins de temps à exécuter, ce qui permet d’en confier beaucoup à une même personne. Chez Unilend, je gère l’ensemble des missions qui devraient en principe être réparties sur tout un service de direction financière dans une grande entreprise.»

Plus de responsabilités

Etre directeur financier dans ce type de structure offre ainsi une plus grande diversité des missions. «Mes précédents postes m’ont permis d’apprendre beaucoup sur le métier de directeur financier, commente Guillaume Garon, directeur financier chez Lydia depuis 2015. Mais c’est en travaillant dans une fintech que j’ai pu obtenir de nouvelles responsabilités et un éventail de fonctions très large.» Ces dernières peuvent d’ailleurs s’éloigner du métier traditionnel de financier. «Ce qui m’a attirée dans le projet de rejoindre une fintech, c’est la grande polyvalence des fonctions que l’on m’a confiées, témoigne Rashan Kadioglu, directrice financière de Finexkap depuis 2014. Je suis notamment en charge de la conformité et du contrôle interne (RCCI), métier qui apparaît très complémentaire avec les fonctions classiques de directeur financier.» L’élargissement du champ d’actions donne alors une position particulière dans l’entreprise qui permet d’en avoir une vision plus fine et plus globale. C’est d’ailleurs l’un des aspects qui ressortent le plus souvent, comme raison entraînant un directeur financier à faire le choix d’intégrer une jeune pousse.

Un autre aspect qui peut les motiver à rejoindre une fintech relève de l’importance de l’innovation technologique dans leur poste. Ces petites structures ne disposent généralement que de faibles moyens et, en plus de la tenue comptable, il faut bien souvent mettre en place de nouveaux processus avec une optique prospective. «Dans une fintech, la gestion financière est au service de l’innovation, qu’elle doit à la fois anticiper, encadrer et favoriser, poursuit Rashan Kadioglu. Dans une structure de taille modeste et ayant néanmoins de grandes ambitions, l’équilibre entre l’optimisation des ressources et l’adaptation permanente des outils et des processus est un facteur clé du succès. Ce besoin d’ingéniosité stimule l’innovation dans chaque domaine. A l’inverse, les grandes entreprises souffrent structurellement d’un effet d’inertie qui nuit à leur capacité d’innovation.»

Plus de réactivité et de souplesse

Mais avant de faire le choix de s’engager dans une fintech, un directeur financier doit être conscient des implications que cela représente. «Ce n’est pas tellement en termes techniques que la difficulté se pose, analyse Emmanuel Perez-Duarte. Chez Renault, société dans laquelle j’ai débuté ma carrière de financier, le premier mois est consacré à la découverte de l’entreprise, puisque nous visitons les chaînes de montage, participons à des séminaires de formation et à des team-buildings. Chez Unilend au contraire, dès les premières minutes, il fallait être parfaitement opérationnel. Cela demande beaucoup plus de réactivité et de souplesse.»

Dans le cas d’une start-up, l’assimilation de la culture d’entreprise doit donc être de l’ordre de l’instantané. Cette adaptation rapide est d’autant plus nécessaire que dans une fintech, les équipes comptent rarement plus d’une quinzaine de salariés. «Dans les grandes sociétés, la multiplicité des intervenants, la longueur des cycles de décisions et la dispersion des responsabilités nuit parfois à la gestion opérationnelle et technique des projets, explique Rashan Kadioglu. Chez Finexkap, chaque collaborateur est un maillon essentiel du projet, dont la réussite dépend de l’adhésion à l’esprit d’équipe et d’innovation. Chaque action, chaque décision a un impact visible et immédiat, ce qui ne laisse pas le droit à l’erreur. Ce sentiment d’avoir prise sur les orientations et les réalisations de la société est très stimulant pour l’ensemble des collaborateurs.»

Ces petites structures demandent donc un fort investissement, mais en contrepartie, elles permettent à chaque collaborateur de contribuer pleinement à la réussite de l’entreprise. «Avec les membres de l’équipe, nous discutons de la stratégie, précise Guillaume Garon. J’interviens sur le cœur du projet de la société et cela donne à ma fonction un côté entrepreneurial fort.» Au même titre que les autres collaborateurs, le directeur financier est en effet directement impliqué dans la stratégie et les orientations prises dans la société. «Le challenge que représente un tel poste, aux responsabilités plus importantes, compense le fait de prendre le risque de rejoindre une entreprise moins établie, même si elle peut être prometteuse», complète Emmanuel Perez-Duarte. Ainsi, dans les fintechs, le directeur financier est un rouage essentiel pour permettre à la jeune entreprise de se développer. Un poste clé, donc, qui offre par la suite comme perspective d’intégrer la direction générale.

Une rémunération pas nécessairement à la baisse

Dans l’univers des start-ups, il existe de nombreux niveaux de rémunération, qui sont généralement fonction de deux facteurs.

– Le premier facteur dépend d’abord des moyens dont la société dispose. Le recrutement d’un directeur financier intervient souvent après un tour de table et la rémunération proposée est donc liée aux montants levés.

– Ensuite, pour attirer les meilleurs directeurs financiers, certaines fintechs peuvent aligner leur niveau de rémunération à celle des grands groupes, ou mettre en place des outils pour compenser la baisse. «L’écart entre ma rémunération fixe chez Renault et celle chez Unilend n’est pas particulièrement spectaculaire, note Emmanuel Perez-Duarte. En revanche, comme dans la plupart des start-ups, je bénéficie d’une forme d’intéressement au capital plus avantageuse.»