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La difficile insertion des jeunes diplômés en finance

Option Finance - 16 avril 2021 - Anne del Pozo

Postes réservés à des candidats disposant d’une première expérience professionnelle, processus de recrutement plus longs, contrats de travail de courte durée… Même si la crise n’a pas stoppé les embauches de jeunes diplômés en finance, elle a toutefois compliqué l’entrée dans la vie active de certains d’entre eux. Un écueil que les universités et que les grandes écoles ont notamment cherché à limiter en adaptant leur offre de cours.

Comme leurs prédécesseurs, les futurs diplômés en finance de la promotion 2020/2021 auront vu la fin de leur cursus grandement perturbée par les mesures sanitaires. Alors que bon nombre d’entreprises manquent déjà aujourd’hui de visibilité sur leurs perspectives commerciales, ce qui est de nature à influer sur leur politique de recrutement, la généralisation des cours à distance fait naître de réelles inquiétudes chez les intéressés quant à la valeur de leur formation et, surtout, quant aux conditions de leur entrée dans la vie active…


Un avantage pour les alternants

Sur ce point, la situation semble loin d’être catastrophique. Comme l’assurent les chasseurs de têtes, les embauches de jeunes actifs en comptabilité et en finance sont en effet restées importantes en 2020. En audit et en expertise comptable, par exemple, les profils les plus plébiscités étaient des jeunes titulaires d’un bac + 5 ou d’un diplôme de comptabilité et de gestion (DCG), affichant deux ans d’expérience en cabinet en alternance. En comptabilité, les alternants en sortie de BTS ont été les plus recherchés pour des postes de collaborateurs comptables. S’agissant d’autres métiers de la fonction finance, comme les contrôleurs de gestion, la demande est également restée soutenue. « Les étudiants en M2 en 2019/2020 ont pu acquérir tous leurs fondamentaux dans des conditions de travail traditionnelles, justifie Erwan Le Saout, enseignant-chercheur à l’université Paris I Panthéon Sorbonne, directeur des masters 2 finance. Seul le stage de fin d’études a été décalé pour certains d’entre eux. »

Il serait pourtant erroné d’affirmer que la crise n’a aucune incidence sur les recrutements des jeunes diplômés en finance. « Les entreprises vont devoir faire un effort pour que les promotions 2019/2020 et 2020/2021 ne soient pas sacrifiées sur l’autel de la Covid », prévient ainsi Grégory Sanson, directeur général adjoint finances et développement de Bonduelle, et président de Lille Place Financière. Même chez les entreprises qui ont récemment embauché des profils juniors, ou qui continuent d’en embaucher, les processus de recrutement sont devenus plus sélectifs. « Ceux-ci sont plus longs, notamment lorsqu’il s’agit du premier emploi, précise d’abord Stéphanie Richard, responsable du pôle Comptabilité et Finance Paris Ile-de-France chez Walters People. Ainsi, 12 % seulement des jeunes en recherche d’emploi au mois de mars 2020 avaient trouvé un poste avant le mois d’août, et 16 % avant le mois de septembre de la même année. Un an auparavant, 50 % des jeunes diplômés avaient trouvé un premier emploi. » Des difficultés qui ressortent d’ailleurs pleinement dans l’enquête menée l’an dernier par Walters People sur « Les jeunes actifs et la Covid-19 ». Dans ce sondage, 31 % des jeunes diplômés interrogés déclaraient penser que la crise sanitaire a retardé (21 %), voire empêché (10 %), leur entrée dans la vie active.


Des intervenants plus expérimentés

En outre, 58 % d’entre eux estiment que les recruteurs cherchaient avant tout, en 2020, des jeunes expérimentés. « Depuis le mois de septembre, nous constatons que les recrutements des jeunes dans la finance se font davantage sur des profils plus opérationnels, ayant déjà eu une première expérience, confirme Stéphanie Richard. Les jeunes ayant suivi une formation en alternance sont donc davantage plébiscités. » Un autre critère pèse également de plus en plus dans le choix des recruteurs. Avec le développement du télétravail, ceux-ci sont en quête de candidats autonomes et dotés de qualités d’adaptabilité. « Les périodes de confinement et la crise ont permis de faire ressortir ces éléments de personnalité des candidats, constate Benjamin Lorenter, senior manager de la division finance de Walters People. Aujourd’hui, les entreprises recherchent des jeunes polyvalents, qui maîtrisent bien l’anglais et les outils IT, plutôt que des candidats surdiplômés. »

Afin de faciliter au mieux l’insertion de leurs futurs diplômés en finance, la plupart des universités et des grandes écoles ont jugé nécessaire de revoir, ces derniers mois, leurs dispositifs. « Fin 2020, nous commencions à constater que certains de nos étudiants en M1 avaient perdu le rythme du travail et affichaient des lacunes qu’il fallait combler au plus vite », témoigne Erwan Le Saout. Ces adaptations ont notamment concerné l’organisation des enseignements. « Hors période de confinement, nous combinons dans nos cours des sessions sur site très qualitatives en petits groupes avec des sessions en ligne et des espaces d’échanges plus formalisés, précise Laurent Deville, directeur de la filière Financial Economics à l’Edhec. Les conférences en visio permettent également à nos étudiants d’entrer en contact avec des intervenants de très haut niveau exerçant dans le monde entier auxquels nous avions auparavant plus difficilement accès. » L’Université de Paris Dauphine a pour sa part donné la priorité au présentiel pour les étudiants en première et en dernière année lorsque la situation sanitaire le permettait. « L’accueil sur site en première année est par exemple important pour l’intégration des jeunes dans leur parcours de formation et pour l’acquisition des fondamentaux », insiste Serge Darolles, responsable mention finance, professeur en finance à l’Université Paris Dauphine.


Des stages supplémentaires

Tandis que de nombreux jeunes diplômés ont terminé leur dernière année d’études en distanciel, voire réalisé leur stage en télétravail pour quelques-uns d’entre eux, certaines écoles ont également assoupli leurs règles. « Pour les accompagner au mieux dans leur insertion professionnelle, nous avons mis en place un nouveau diplôme universitaire (Diplôme universitaire d’aide à l’insertion professionnelle), explique Serge Darolles. Ce DUAIP a permis aux étudiants en M2 de Dauphine de terminer leur stage de fin d’études au-delà de la fin de leur année universitaire, initialement prévue au 15 décembre 2020. Il permet également à des jeunes ayant terminé leur M2 de se réinscrire à Dauphine pour effectuer un ou plusieurs stages en 2021, et renforcer ainsi leur expérience sur le terrain. » Plusieurs autres universités ou grandes écoles, telles que la Sorbonne ou l’Edhec, ont également autorisé leurs étudiants en M2 à prolonger leur période de stage de fin d’études. « Une démarche utile car si l’industrie financière continue de recruter, elle propose aujourd’hui à ces jeunes davantage de stages, de contrats en alternance ou en intérim que de postes en CDI », observe Ludovic Bessière, business director France et Benelux de Hays. Les jeunes l’ont d’ailleurs bien compris et hésitent de moins en moins à accepter des postes à durée plus courte soit pour mettre un pied dans le marché de l’emploi, soit pour y rester.