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Direction financière

Travailler en province : pourquoi pas vous ?

Option Finance - 24 Juillet 2020 - Anaïs Trebaul

Directions financières

Alors que beaucoup de Parisiens ont travaillé depuis la province pendant le confinement, ils y ont trouvé une qualité de vie qui pourrait inciter certains à quitter leur poste dans la capitale pour en occuper un autre en région. Cependant, au sein des directions financières, les offres sont rares et déjà très convoitées.

En finir avec le métro, le rythme parisien effréné, les petits espaces et partir vivre près de la mer, à la campagne ou à la montagne… De nombreux Franciliens en rêvent ! Et encore plus depuis le confinement.

Ce choix, certains directeurs financiers l’avaient fait bien avant la crise sanitaire actuelle. Projet professionnel motivant, projet de vie familial, opportunité inattendue… Les raisons de ces départs sont multiples. «En 2018, je venais de quitter mon poste de directrice financière régionale dans l’industrie, car la nouvelle organisation du groupe ne me correspondait plus, se remémore Julie Couston, responsable du contrôle de gestion au sein de Aserti Group, spécialisé dans la maintenance à Vannes. Je rêvais de quitter la région parisienne. J’ai donc cherché un travail en Bretagne, une région que j’apprécie particulièrement.» Pour Sonia Marec, co-fondatrice d’Octopus Gestion, une société spécialisée dans le service de DAF à temps partagé, c’est la perspective de rejoindre sa famille qui l’a guidée vers la région bordelaise en 2013. «Alors que j’étais directrice financière au sein de la société cotée Medtronic France et enceinte de sept mois, j’ai décidé de déménager sur le bassin d’Arcachon pour rejoindre mon compagnon.» Mais parfois, c’est le pur hasard qui permet à des directeurs financiers de quitter la capitale. «Il y a vingt ans, après avoir été directeur comptable du groupe Conforama, j’ai commencé à travailler pour des sociétés détenues par des fonds d’investissement, explique Jean Monin. Je ne cherchais pourtant pas du tout à quitter Paris à l’époque, mais cela m’a finalement conduit à travailler en Vendée, puis à Lille et à Marseille.»

La concurrence des financiers locaux

Cependant les démarches ne sont pas toujours aisées pour ceux qui veulent partir de leur propre initiative. La plupart des postes au sein des directions financières restent concentrés au sein de la région parisienne. «Selon l’Apec, environ 1 recrutement cadre sur 2, toutes fonctions confondues, est réalisé en Ile-de-France, remarque Henri du Couëdic, responsable du bureau de Nantes Robert Walters. A l’inverse, le quart nord-ouest de la France représente environ 15 % de ces recrutements. Environ 300 annonces pour des postes de directeurs financiers ont été publiées sur cette zone l’an dernier.» Les autres postes de directeurs financiers «se concentrent essentiellement sur Lyon, Bordeaux et Lille», poursuit Alexandra Maubert Proniewski, directrice associée chez Upward finance. De plus, les offres régionales attirent aussi bien les financiers locaux que les Parisiens qui souhaitent quitter la capitale. Certes, «seulement 20 % des candidats parisiens cherchent exclusivement en province», estime Alexandra Maubert Proniewski. Malgré tout, «la moitié des candidats recrutés pour nos postes en finance dans l’Ouest viennent de la région parisienne», souligne Henri du Couëdic.

Par conséquent, la recherche peut être longue. «Un directeur financier qui souhaite déménager en région mettra en moyenne six à dix-huit mois pour trouver un poste qui lui convient», estime Henri du Couëdic. Ce délai s’explique par le fait que les candidats poursuivent généralement deux à trois processus avant de s’engager ou d’être retenus.» Une estimation confirmée par les directeurs financiers qui se sont retrouvés dans cette situation. «Avant de quitter Paris, j’avais trouvé un poste sur la région bordelaise ; mais la veille de mon arrivée, la société a décidé de geler les embauches, relate Sonia Marec. Il m’aura fallu six mois pour retrouver un poste de directrice financière (chez H&A Location en l’occurrence) qui corresponde à mes envies et mes attentes, sur cette région que je ne connaissais pas économiquement. C’était la première fois que je me retrouvais sans travail !» Même constat pour Jean Monin, qui près de vingt ans après avoir trouvé son premier poste en Vendée, et être retourné à Paris il y a trois ans, cherche à quitter la région parisienne. «Cela fait huit mois que je suis à la recherche d’un poste dans la région marseillaise pour rejoindre ma famille qui est restée là-bas.»

Des atouts à faire valoir

Dans ce contexte très concurrentiel, pour que leur candidature soit retenue, les directeurs financiers doivent réussir à se démarquer des autres candidats. L’expérience acquise à Paris peut à ce titre être un plus. «Mon expérience dans une entreprise de plus grande taille et ma connaissance des attentes des investisseurs financiers ont été appréciées par ma direction et ont fait la différence», remarque Julie Couston. Mais, ces compétences ne suffisent pas toujours et il faut miser sur ses qualités relationnelles pour décrocher le poste tant espéré. «Pour chercher efficacement, je me suis créée un réseau en participant à des petits-déjeuners organisés par des cabinets en finance et des associations professionnelles locales, précise Sonia Marec. L’objectif était de savoir qu’un poste va s’ouvrir avant que l’annonce ne soit publiée. Dans la région, pour un poste de directeur financier, les entreprises peuvent recevoir entre 200 et 300 candidatures, de toute la France !»

Face à ces difficultés, une des solutions peut être d’opter pour un emploi qui puisse être assumé à distance. «Il y a seulement quelques postes de directeurs financiers qui se libèrent chaque année à Aix/Marseille, déplore Jean Monin. Même si je préfère travailler au sein d’une entreprise en mouvement (PME en croissance, groupe avec un nouveau projet, etc.), mes critères sont pourtant assez larges. J’envisage donc aussi de rejoindre un projet intéressant situé sur Paris avec la possibilité à terme d’une partie du temps passé en télétravail. Ce sont des nouvelles formes d’organisation du travail qui se développent de plus en plus. Beaucoup de cadres travaillent une partie de la semaine à Paris mais vivent près de Marseille, le TGV du lundi matin en est rempli !»

Des écarts de salaire

Et ce n’est pas le seul critère sur lequel les directeurs financiers peuvent être amenés à faire des compromis. Il faut parfois être prêt à accepter un poste qui n’englobe pas les mêmes responsabilités. «J’ai mis quatre mois pour trouver un poste en Bretagne, après avoir passé quatre entretiens dans différentes sociétés, indique Julie Couston. Mon périmètre d’encadrement a réduit car je manage 1 personne contre 15 auparavant, mais les missions sont tout aussi intéressantes.»

Même si les directeurs financiers conservent leurs responsabilités, il faut être prêt à faire des sacrifices sur son salaire. «Il faut compter une différence de 20 à 30 % entre la région parisienne et le reste de la France», prévient Jean Monin. Cet écart peut être encore plus fort dans certaines régions. «A Lyon, l’écart avec les rémunérations parisiennes est d’environ 20 %, estime Alexandra Maubert Proniewski. A Bordeaux, il atteint 30 %, et dans la plupart des autres villes de province, les écarts peuvent être encore plus élevés.»

Mais malgré cette différence de salaires, les directeurs financiers exilés ne semblent pas regretter Paris. «Je n’ai pas du tout prévu de retourner à Paris ! indique Sonia Marec Pourtant, je suis appelée par des chasseurs de têtes qui m’y proposent des postes». Ces derniers apprécient l’engagement sur le long terme que peuvent avoir les salariés des entreprises basées en province, qui sont souvent des PME ou ETI familiales. «Ils sont plus attachés à l’entreprise et le turnover est beaucoup plus faible qu’à Paris», constate Julie Couston. De plus, certains insistent sur la qualité des collaborateurs présents en région. «J’ai toujours eu de très bonnes équipes en régions, parfois même meilleures qu’à Paris, assure Jean Monin. En effet, certains de mes collaborateurs auraient pu prétendre à un poste plus élevé dans la région parisienne, mais ont choisi de rester dans leur région.» Cependant, contrairement à une idée reçue, le rythme de travail n’est pas plus tranquille. «Il n’y a pas de différence en termes de quantité de travail par rapport à Paris, souligne Jean Monin. Mais la qualité de vie générale est meilleure : il est bien agréable de faire un déjeuner d’affaires sur le vieux port de Marseille !» Même constat pour Sonia Marec. «On travaille autant et les sujets sont aussi complexes et diversifiés, mais l’été il est par exemple possible d’aller à la plage en fin d’après-midi, après le travail.» Une vie bien loin du métro-boulot-dodo !

Des allers-retours à Paris nécessaires

  • Ce n’est pas parce que les directeurs financiers travaillent en région qu’ils ne retournent pas à Paris. Ils sont régulièrement amenés à devoir se déplacer jusqu’à la capitale pour rencontrer leurs différents partenaires. «Lorsque je travaillais en province, tous mes rendez-vous bancaires pouvaient être assurés localement, indique Jean Monin. En revanche, nos rendez-vous avec les fonds d’investissements et les cabinets d’avocats d’affaires se tenaient toujours à Paris. Néanmoins, j’ai l’impression que ces deux métiers se développent en régions. J’ai découvert dans la région marseillaise un nombre important de fonds d’investissements et de cabinets d’avocats d’affaires qui n’existaient pas il y a dix ans.» 
  • Même constat à l’égard des auditeurs. «Dans l’entreprise bordelaise dans laquelle j’étais directrice financière, lorsque nous avions des sujets très techniques en fiscalité et en comptabilité avec notre commissaire aux comptes, nous devions aller à Paris pour rencontrer le service doctrine. Nous avions peu d’interlocuteurs locaux», poursuit Sonia Marec, DAF à temps partagé et co-fondatrice d’Octopus Gestion.