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Exclusivement financiers, les bénéfices ? Et s’ils étaient aussi sociaux et environnementaux ?

Funds Magazine - 28 mai 2021 - Proposé par Candriam

Le triple bilan (« triple bottom line », TBL) est la notion selon laquelle il est possible de gérer une organisation en générant des bénéfices financiers, tout en améliorant les conditions de vie des communautés et en préservant l’environnement. De nombreuses multinationales utilisent ce concept inventé il y a vingt-cinq ans, mais en réalité déjà appliqué depuis… plus de deux cents ans.

Un bénéfice (ou une perte) ne peut-il être que d’ordre financier ? Et s’il incluait aussi des avancées dans le domaine social et environnemental ? C’est le principe du triple bilan : considérer ces trois axes – économique, social et environnemental – dans son activité. En d’autres termes, le capital n’est plus le seul carburant nécessaire au développement de l’activité : l’entreprise a besoin de main-d’œuvre pour exister et puise une partie de ses ressources dans l’environnement auquel elle est par conséquent redevable.

Or, qui dit dette dit comptabilité. Le TBL passe donc par une forme de quantification des bénéfices sociaux et environnementaux. Il permet non seulement de prendre en compte l’ensemble des répercussions d’une activité (pensons à la raréfaction de l’eau potable, par exemple), mais aussi d’améliorer la profitabilité à long terme d’une entreprise, y compris financière, donc : la réduction des déchets peut faire baisser les coûts de production.

En outre, nombreux sont les consommateurs aujourd’hui disposés à payer un peu plus cher des produits qui respectent l’environnement et des conditions de travail décentes, comme le montre l’essor du commerce équitable. L’entreprise s’inscrivant dans ce cadre s’en sort grandie en termes de réputation, un de ses principaux actifs.


Une discipline subjective, donc flexible

La quantification des bénéfices sociaux et environnementaux reste cependant très subjective : comment établir le coût d’une marée noire et de sa prévention ? Qu’est-ce qu’un « bon » salaire au Bangladesh ? Comment mesurer le coût du travail des enfants ? Celui-ci profite-t-il aux enfants et à leurs familles en les aidant à sortir de la pauvreté, ou perpétue-t-il la pauvreté en privant ces enfants d’éducation et de leur enfance ?

Voyons le côté positif des choses : en l’absence d’un outil de mesure standardisé, il faut en réinventer un pour chaque projet ou secteur d’activité, ce qui permet d’être très flexible. Une chaîne de restaurants pourra par exemple mesurer la réduction de ses déchets en passant à un emballage plus favorable à l’environnement ou en servant ses restes alimentaires – qui sinon auraient été jetés – à un foyer pour sans-abri.

Le nombre d’indicateurs est sans limite : création d’emplois, rotation des effectifs, consommation de combustibles fossiles, gestion de déchets dangereux, pourcentage de minorités dans les effectifs totaux et aux postes de direction, contribution à des organismes de bienfaisance, nombre d’employés bénéficiant de dispositifs pour poursuivre des études supérieures…


Un concept vieux de deux cents ans

Un concept qui ne plaira qu’aux doux rêveurs ? Pas du tout ! Unilever, Procter & Gamble ou encore General Electric en sont par exemple coutumiers depuis de nombreuses années. Et s’il est vrai que ce modèle ne s’est pas encore imposé partout, il gagne de plus en plus l’adhésion des entreprises, notamment soucieuses de leur image auprès du grand public.

A bien y regarder, cette philosophie est même beaucoup plus ancienne. Robert Owen, considéré comme l’un des pères du mouvement coopératif et du socialisme britannique, appliquait des principes incroyablement modernes dans la gestion des manufactures de coton qu’il dirigeait à Manchester dans les années 1800 : les usines de New Lanark employaient sous sa direction 2 000 personnes dont 500 enfants, pour la plupart issus d’orphelinats. Owen a non seulement décidé d’améliorer les habitations des ouvriers mais a aussi ouvert des magasins à prix quasi coûtant ainsi que des écoles primaires qui n’existaient pas à l’époque à Manchester. C’est à lui qu’on doit le mot d’ordre « 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de sommeil ».

En savoir plus

Les Nations unies ont défini 17 objectifs de développement durable (ODD), qui sont très souvent utilisés dans l’analyse ESG des investissements. Ils visent, à l’horizon 2030, à éradiquer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde, à permettre à tous de vivre en bonne santé et d’avoir accès à une éducation de qualité, à promouvoir l’égalité entre les sexes, à donner accès à des ressources d’eau et d’énergies propres, à réduire les inégalités, à développer une industrie et des villes durables, à fournir aux travailleurs un emploi décent, à favoriser une production et une consommation responsables, à lutter contre le changement climatique, à conserver les ressources marines et terrestres, à encourager la justice et des institutions efficaces et à encourager des partenariats pour réaliser ces objectifs.