Dossier partenaire FIR

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Résistance aux antibiotiques : quels enjeux pour les investisseurs responsables ?

5 février 2021 - Proposé par le FIR

Recherche académique : Dans son mémoire “Superbugs et Super Risques : Une évaluation critique de la résistance aux antibiotiques comme sujet frontière dans l’investissement responsable et durable“, Abigail Herron, lauréate du Prix FIR-PRI « Finance & Développement durable » du meilleur mémoire de master s’intéresse aux enjeux de la résistance aux antibiotiques pour les acteurs de l’investissement responsable, en particulier pour les investisseurs institutionnels.

Depuis la découverte de la pénicilline en 1928, les antibiotiques ont permis de révolutionner le traitement des infections bactériennes. Mais le développement de ces traitements s’est accompagné d’une augmentation de la résistance des bactéries, rendant de nombreux antibiotiques inefficaces. Cette tendance pourrait avoir des conséquences désastreuses, tant d’un point de vue sanitaire qu’économique (1). 

Dans un premier temps, Herron revient sur ces enjeux. Elle identifie trois causes de l’augmentation de la résistance aux antibiotiques : i) une utilisation excessive et parfois inappropriée des antibiotiques sur les humains, ii) une utilisation extensive en agriculture, et iii) un manque de recherche et développement de la part du secteur pharmaceutique. C’est sur cette dernière cause que se concentre le mémoire. Le développement d’un nouvel antibiotique nécessite en moyenne un investissement aussi important que le développement de n’importe quel autre médicament. En revanche, la valeur actuelle - pour une entreprise pharmaceutique - d’un nouvel antibiotique est de l’ordre de 50 millions de dollars alors que celle d’un nouveau médicament pour traiter une maladie neuromusculaire chronique est de l’ordre d’un milliard. D’un point de vue économique, nous sommes donc dans une situation de défaillance du marché.

En s’appuyant sur la littérature existante, Herron cherche des explications théoriques pour comprendre i) pourquoi les investisseurs s’intéresseraient à la résistance aux antibiotiques ii) quels sont les intérêts qu’ils auraient à s’impliquer sur cet enjeu et finalement iii) quels sont leurs leviers. Elle envisage des raisons économiques, par exemple l’impact de futures régulations plus contraignantes pour les producteurs d’antibiotiques vétérinaires, mais aussi des raisons liées à l’amélioration de la réputation des investisseurs ou aux demandes de ses clients. Parmi les leviers classiques de l’investissement responsable, elle envisage des réallocations, par exemple à travers le développement d’instruments financiers dédiés, à l’image des vaccine bonds (2), mais aussi grâce au dialogue actionnarial.

Dans un troisième temps, l’auteur confronte ces résultats théoriques avec les points de vue de 33 professionnels de l’investissement responsable au Royaume-Uni. Les entretiens sont structurés autour des trois questions de recherche et chaque réponse qualitative est associée à un score. Si la plupart des répondants reconnaissent largement l’enjeu sociétal de la résistance aux antibactériens, seulement 12% des répondants envisagent des répercussions financières ; 9% considèrent que cela pourrait avoir une influence sur la réputation de leur établissement, mais aucun ne reporte de demande explicite de la part de ses parties prenantes, et en particulier des ONG. Concernant les leviers, les professionnels mettent d’abord en avant l’importance des politiques publiques par rapport à celle des investisseurs face à cet enjeu émergeant. En tant qu’investisseurs institutionnels, ils envisagent - sans pour autant le réaliser aujourd’hui - des pistes sur l’engagement actionnarial, en particulier à travers des initiatives collectives, mais aussi la possibilité d’un financement dédié par obligation.

A partir de ces résultats théoriques et empiriques, Herron propose des recommandations à destination des professionnels de l’investissement responsable. Jugeant le sujet trop émergeant pour une politique d’engagement actionnarial, elle propose une initiative collective visant à mobiliser la sphère politique. Cette initiative pourrait s’appuyer sur les déclarations du G20 de 2017, mais aussi sur une étude plus approfondie des implications de l’augmentation de la résistance aux antibiotiques pour le secteur financier. Enfin, l’auteur s’en remet aux motivations personnelles des professionnels (analystes, gérants) pour faire monter en puissance ce sujet au sein de leurs institutions, mais aussi dans leurs dialogues avec leurs clients ou la société civile.

(1) L’étude « Review on Antimicrobial Resistance » de J. O’Neill (2014) estime un impact potentiel de plus de 3.5% sur le produit intérieur brut mondial d’ici 2050.
(2) Proposés par l’International Finance Facility for Immunisation.

À propos de l’auteur de l’article

  • Abigail Herron est spécialiste des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au sein d'Aviva Investors.  Elle travaille en étroite collaboration avec les équipes d'investissement, les clients et s’engage auprès des entreprises, des ONG et des décideurs publics sur des sujets d'investissement responsable. Son profil LinkedIn
  • Retrouvez les travaux vainqueurs des Prix FIR-PRI « Finance & Développement durable » sur www.fir-pri-awards.org