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Export et Finance

Quel avenir pour l’exportation française ?

6 avril 2021 - Anne del Pozo

L’année 2020 aura été marquée par une forte contraction des exportations françaises. Selon les Douanes, elles ont en effet baissé de 15,9 %, l’année dernière, après avoir augmenté de 3,5 % en 2019. La diminution généralisée des exportations surpasse la baisse des achats à l’étranger, en particulier dans les secteurs aéronautique et automobile. En effet, les importations ont également diminué, mais de façon légèrement moins marquée (baisse de 13,0 %, après 2,2 % de croissance en 2019). En 2020, le déficit commercial FAB/FAB s’est ainsi détérioré de 7,3 milliards d’euros pour s’établir à 65,2 milliards, après 57,9 milliards en 2019. Il s’agit du déficit le plus élevé depuis 2012.

Un chiffre qui cache deux mouvements massifs : de par les moindres déplacements mais aussi la chute d’activité générale, la facture énergétique s’est allégée de l’ordre de 17 milliards d’euros sur les 11 premiers mois de 2020. En revanche, les exportations aéronautiques et automobiles se sont effondrées et transforment un excédent sectoriel des matériels de transport d’environ 14 milliards d’euros en un déficit de près de 2 milliards d’euros sur la même période. La facture énergétique a certes été divisée par deux l’an passé, mais globalement, sur l’année, la France a perdu 82 milliards d’euros d’exportations, dont 35 milliards pour les seuls matériels de transport. « Des chiffres mauvais », reconnaît le ministre du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Franck Riester, qui préfère néanmoins mettre en avant « la dynamique depuis avril 2020 ».

Un rebond des exportations attendu en 2021

En effet, les exportations sont tendanciellement à la hausse depuis juin 2020, mais le rythme a ralenti depuis novembre 2020. Elles augmentent de 0,3 milliard d’euros et atteignent 94 % de leur niveau moyen de 2019. Les importations repartent légèrement à la hausse depuis deux mois après avoir été globalement stables entre septembre et novembre. En janvier, le déficit énergétique se maintenait à un seuil historiquement bas de 2,1 milliards d’euros depuis maintenant 10 mois. Hors énergie, le déficit poursuit donc son repli, dans un contexte de reprise marquée des exportations et de relative stabilité des importations. Les exportations de biens d’investissement continuent de se redresser ; elles s’établissent ainsi à 87 % de leur valeur moyenne de 2019. Les importations sont stables à 91 %. Les échanges de biens intermédiaires et de biens de consommation suivent les mêmes tendances : un rattrapage des exportations sur les quatre derniers mois, associé à une relative stabilité des importations, qui s’étaient redressées plus rapidement après le premier confinement.

 

Quelles sont les perspectives en 2021 ?

Cette dynamique est également portée par le nombre d’entreprises exportatrices françaises, quasiment stable par rapport à 2019. Plus de 128 000 entreprises françaises ont ainsi vendu leurs produits à l’étranger en 2020. Ensuite, « la demande adressée à la France dans certains secteurs tels que la pharmacie, l’agroalimentaire ou la chimie, donne des signes de dynamisme cette année », souligne Selin Ozyurt, économiste chez Euler Hermes. Pour les économistes de l’assureur-crédit, l’année 2021 sera celle du rebond des exportations françaises. La demande adressée à la France devrait croître de 59 milliards d’euros en 2021 par rapport à 2020, ce qui permettrait de compenser environ 45 % du manque à gagner subi en 2020 à cause de la crise pandémique.

 

Où exporter en 2021 ?

Selon Euler Hermes, près de la moitié de la demande adressée aux exportateurs français proviendra de l’Union européenne et en particulier de l’Allemagne (+ 7,9 milliards de demandes adressées) mais aussi de Belgique (+ 4,2 milliards), d’Espagne (+ 4 milliards) et d’Italie (+ 3,9 milliards).Sur le grand export, la demande des Etats-Unis devrait également croître cette année de 5,6 milliards d’euros et celle de la Chine de 1,7 milliard. Enfin, le Royaume-Uni fait également partie des destinations à envisager pour les entreprises françaises en 2021 (+ 1,7 milliard d’euros). Le Brexit n’aura qu’un impact mesuré sur les exportations françaises vers le Royaume-Uni (– 0,9 milliard d’euros) du fait de la période de transition qui retarde le début des contrôles aux frontières au second semestre 2021. Sans celle-ci, le Brexit aurait coûté jusqu’à deux fois plus aux exportations françaises.

Les économistes d’Atradius ont pour leur part identifié le Chili, l’Egypte, le Sénégal, la Malaisie et le Vietnam comme des marchés bien positionnés pour se remettre de la crise de la Covid-19 et dont les conditions politiques sont relativement stables. La reprise du commerce mondial offre des opportunités aux investisseurs et aux exportateurs, notamment dans les secteurs de ces marchés orientés vers l’exportation.

Quels sont les secteurs prometteurs à l’export en 2021 ?

Trois secteurs en particulier devraient, selon Euler Hermes, profiter directement du rebond de la demande mondiale en 2021 : le secteur pharmaceutique (+ 6,4 milliards d’euros), des équipements de transports (+ 6,1 milliards d’euros) et de l’agroalimentaire (+ 5,5 milliards d’euros). « Un rebond qui ne sera pas suffisant pour compenser l’intégralité des pertes observées en 2020, mais qui permettra de soulager dans une certaine mesure la trésorerie des entreprises françaises », précise Selin Ozyurt, économiste chez Euler Hermes. Les secteurs liés aux nouvelles technologies (et en particulier aux paiements en ligne, le cloud computing) ou encore aux biens de consommations durables, offrent également des belles opportunités aux exportateurs français selon l’assureur crédit Atradius.

 

Vers une résurgence des risques en 2021 ?

Si les exportateurs français pourront profiter de ces opportunités et de la reprise qui tend à s’installer, des risques pèsent encore sur ces perspectives, principalement liés à l’évolution de la pandémie et au succès des campagnes de vaccination. D’autre part, avec la suppression progressive des aides fiscales, les faillites d’entreprises dans le monde devraient augmenter de 26 % en 2021. Cette hausse devrait avoir lieu dans toutes les grandes régions et tous les grands pays, à l’exception de la Turquie. Selon Atradius, le pourcentage d’augmentation des faillites en 2021 sera le plus élevé en Australie, en France, à Singapour et en Autriche, tous les pays qui avaient des mesures gouvernementales fortes en place en 2020 et qui devraient être progressivement supprimées.

Ainsi, les pays qui ont « sauvé » de nombreuses entreprises de la faillite en 2020 verront un report relativement important de faillites en 2021, ce qui influencera à la hausse les prévisions d’insolvabilité pour 2021. Cela devrait se produire dans un certain nombre de marchés qui ont procédé à des ajustements temporaires de la législation sur l’insolvabilité et apporté un soutien fiscal important, comme la Belgique, la France, l’Autriche et l’Italie. En dehors de l’Europe, l’Australie et Singapour sont des exemples, car sur ces marchés, les insolvabilités ont été reportées de l’année dernière à cette année. Pour la Suède et l’Irlande, Atradius prévoir un effet moindre des retards d’insolvabilité à partir de 2020, car dans ces deux pays, il n’y a pas eu de changements majeurs dans les lois sur l’insolvabilité.

L’augmentation des défaillances sera également due à la conjoncture économique, qui dépend de deux facteurs : la force de la croissance économique en 2021 et la réactivité des défaillances à la croissance du PIB. Sur certains marchés (Autriche, Espagne, Royaume-Uni), la reprise est faible par rapport à la contraction de 2020, ce qui entraîne une pression à la hausse sur les défaillances.

Sur d’autres marchés, la reprise en 2021 est relativement forte (Nouvelle-Zélande, Canada), ce qui génère une pression à la baisse sur la croissance des insolvabilités. En ce qui concerne la sensibilité des faillites à la croissance du PIB, cette « élasticité » est élevée, par exemple aux Pays-Bas, en Espagne et en Australie. En conséquence, nous constatons une augmentation cumulative assez forte des faillites entre 2019 et 2021. Enfin, le soutien fiscal des gouvernements déterminera également les prévisions d’insolvabilité pour 2021. Atradius prévoit que les programmes de soutien gouvernementaux seront maintenus au cours du premier semestre de 2021, mais qu’ils seront rapidement supprimés au cours du second semestre, lorsqu’une grande partie de la population sera vaccinée.

Dans l’ensemble, ces trois forces se traduisent par une hausse des faillites en 2021 sur tous les marchés, à l’exception de la Turquie. La forte hausse des faillites en 2021 s’explique également par leur niveau particulièrement bas en 2020, en raison des gels temporaires des faillites et des mesures de soutien fiscal. Cela crée un fort « effet de base » à la hausse. Si l’on considère la croissance cumulée des faillites entre 2019 et 2021, le niveau des faillites à la fin de 2021 sera plus élevé, sur pratiquement tous les marchés, qu’il ne l’était en 2019. Une tendance à la hausse qui devrait se poursuivre dans les années à venir. 

La part de la France en Europe

En 2020, la part de marché de la France dans la zone euro s’est dégradée. Les exportations françaises ont reculé de 16 % l’an passé alors que celles des pays de la zone euro ont chuté de 11 % seulement. Une contre-performance qui s’explique notamment par l’importance de l’aéronautique dans l’économie française, mais pas uniquement. En effet, sur les trois premiers trimestres de la zone euro, dans les exportations de biens de la zone euro, la part française ne représente que 12,8 %, reculant de 1,1 point par rapport à la même période en 2020, alors que celles de l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne sont restées quasi stables. D’autre part, le déficit commercial des produits manufacturés s’est établi à 54 milliards d’euros, soit deux fois plus qu’en 2019. Même l’excédent sur les services tend à se réduire. Il est passé de 21 milliards d’euros en 2019 à 8 milliards d’euros en 2020 en raison de l’effondrement des recettes touristiques. Celles-ci ont chuté de 40 % l’an passé, soit environ 25 milliards d’euros en moins.