Les 50 sociétés de gestion qui comptent

Les 50 sociétés de gestion qui comptent

Une mutation accélérée pour les gérants

Option Finance - 7 mai 2020 - Séverine Leboucher

Après une année 2019 difficile sur le plan des souscriptions, l’industrie française de la gestion d’actifs fait désormais face à la violente correction des marchés et au mouvement de décollecte qui l’accompagne. Les mouvements stratégiques déjà à l’œuvre s’en trouvent renforcés.

Sociétés de gestion : la sélection 2020 de Funds Magazine et Option Finance

En gras : les sociétés nouvelles dans le classement

> Les championnes

BNY Mellon; Comgest; Eleva Capital; Tikehau Capital; Twenty First Capital; Varenne Capital Partners

> Les incontournables

Acofi Gestion; Allianz Global Investors; Amundi; Amilton AM; Amiral Gestion; Amundi; Aviva Investors France; Axa IM; Axiom AI; BFT IM; Blackrock; BNPP AM; Candriam; Carmignac; CPR AM; Crédit Mutuel Asset Management; DNCA Finance; Dorval AM; DWS; Ecofi Investissements; Edram; Eiffel Investment Group; Eres Gestion; Federal Finance Gestion; Fidelity International; Financière Arbevel; Generali Investments; Groupama AM; Invesco Asset Management; JP Morgan Asset Management; La Financière de l'Echiquier; La Française AM; Lazard Frères Gestion; Lombard Odier Investment Managers; Lyxor Asset Management; M&G Investments; Malakoff Humanis Gestion d'Actifs; Mirova; Morgan Stanley IM; Muzinich & Co; Natixis IM; Neuberger Berman; NN Investment Parteners; Oddo BHF AM; OFI AM; Ossiam; Ostrum Asset Management; Palatine AM; Pictet AM; Rivage Investment; Robeco; Rothschild & Co Asset Management Europe; Schelcher Prince Gestion; Schroders; SCOR IP; Swiss Life Asset Management; Sycomore; UBP Asset Management

C’est déjà fragilisée par une année 2019 en demi-teinte que l’industrie de la gestion d’actifs française est entrée dans la crise du Covid-19. Les très bonnes performances des marchés l’an dernier ont certes permis une forte hausse des actifs sous gestion. Selon les chiffres de l’AFG, les encours ont atteint 4 185 milliards d’euros, OPC et mandats compris, soit une progression de 7,2 % sur l’année. Un rebond très marqué après la baisse de 1 % enregistrée en 2018 du fait du stress de marché au quatrième trimestre. En revanche, conséquence directe de cette correction qui a rendu frileux les investisseurs, la collecte a été en berne en 2019, et ce même si certains acteurs de la sélection d’Option Finance ont réussi à tirer leur épingle du jeu : les fonds de droit français (seules données fournies par l’AFG) ont fait face à des sorties de 36 milliards d’euros, à comparer à des souscriptions de 26 milliards en moyenne sur la période 2015-2018. Même si la collecte a eu tendance à se redresser en fin d’année, ce sont près de 22 milliards d’euros qui ont été retirés des fonds actions, 12 milliards des fonds monétaires et 7 milliards des fonds diversifiés sur la période. Seuls les fonds obligataires ont résisté, avec des souscriptions de quelque 8 milliards d’euros.

Le violent décrochage des marchés déclenché par la crise sanitaire au premier trimestre 2020 ne simplifie pas la donne pour la gestion française. Outre la chute des valorisations, seulement partiellement compensée par le rebond depuis fin mars, les asset managers doivent faire face à un fort mouvement de décollecte : après un mois de janvier prometteur et un mois de février déjà légèrement dans le rouge, près de 58 milliards d’euros sont sortis des fonds de droit français sur le seul mois de mars, dont 47 milliards pour les fonds monétaires et 7 milliards en obligataire, selon les chiffres de Six Financial Information. Quant aux réponses à la crise apportées par les autorités, elles vont renforcer un peu plus encore des tendances de marché qui perturbent déjà depuis plusieurs années l’asset management : la hausse continue de l’endettement et la persistance des taux très bas. «La crise actuelle finit de remettre en question les dynamiques sur lesquelles repose la gestion d’actifs depuis plus de quarante ans : jusqu’à récemment, la revalorisation régulière des portefeuilles obligataires, du fait de la baisse des taux qui augmente les valorisations, venait compenser les aléas ponctuels de marchés actions en croissance structurelle, souligne Eric Pinon, président de l’AFG. Il ne sera désormais plus aussi simple de dégager de la performance.»

La mission de conseil des gérants réaffirmée

Pour y parvenir, l’investisseur devra consentir à prendre plus de risques… et le gérant devra le convaincre de le faire. C’est en particulier l’enjeu de la bascule de l’épargne des Français de supports d’assurance-vie en euros dont le capital est garanti vers des unités de compte sans filet de sécurité. «Ces derniers mois, les investisseurs particuliers ont été incités à souscrire des produits plus exposés dans le cadre de leur assurance-vie mais ceux qui l’ont fait ont essuyé de fortes pertes à court terme du fait de la crise, reconnaît Eric Pinon. Plus que jamais, les gérants devront faire preuve de pédagogie avec leurs clients : il est indispensable que ces derniers adaptent leurs placements à leur horizon d’épargne réel, en cessant de vouloir investir à long terme avec des produits de court terme. Cette mission de conseil pour proposer la bonne allocation devra s’accompagner d’une tarification adaptée pour le gérant.» Un défi pour un secteur plus habitué à facturer des produits d’investissement que des conseils. 

Le contexte de marché devrait aussi renforcer l’attrait de certaines classes d’actifs et solutions de gestion, et ainsi confirmer l’orientation déjà prise ces derniers mois par les sociétés de gestion. «La bascule vers les unités de comptes ne va pas être facilitée par la crise : les produits structurés permettant de protéger l’investisseur des baisses de marché tout en profitant dans une certaine mesure des hausses devraient en sortir renforcés, estime Yoan Chazal, associé chez Deloitte. De même, l’attrait des fonds qui ciblent certaines mégatendances (transition énergétique, villes intelligentes…) ne devrait pas être remis en cause, car ils ancrent la gestion d’actifs dans une réalité tangible pour les investisseurs.» Enfin, le mouvement vers les actifs non cotés (immobilier mais aussi private equity) devrait, lui aussi, se poursuivre. «Même si la performance des actifs non cotés pourrait se tasser un peu du fait de la crise, leur attrait ne va pas disparaître, tout simplement parce qu’il n’y a pas vraiment d’alternative capable de générer du rendement, anticipe Eric Pinon. Pourtant, le mode de valorisation de ces actifs non cotés, résultat de modèles théoriques et non d’un prix de marché d’équilibre, n’est pas toujours satisfaisant.»

Vers une poursuite de la vague ESG

Même si cela représente un investissement notable pour les sociétés de gestion, la vague ESG ne devrait pas non plus se tarir. Les efforts entrepris sont déjà significatifs : en moyenne, les sociétés de gestion françaises de la sélection d’Option Finance assurent ainsi gérer 35 % de leurs actifs de manière responsable, dont l’écrasante majorité via l’intégration de critères extra-financiers dans le processus de gestion. «La crise actuelle souligne la nécessité de s’interroger sur les chaînes d’approvisionnement des entreprises ou encore leur prise en compte de la santé de leurs collaborateurs, qui sont des thèmes importants de l’analyse extra-financière, note Yoan Chazal. L’enjeu, pour chaque société de gestion, sera de montrer comment l’approche ESG qu’elle a retenue lui permet de créer de la performance financière.» Un exercice auquel certains asset managers s’emploient ces dernières semaines, profitant de la bonne résistance des titres ESG pendant la crise.

Si, d’une manière générale, la crise confirme donc la plupart des grands virages stratégiques déjà amorcés par la profession, elle risque toutefois de mettre en difficulté certains acteurs à titre individuel. «Certaines sociétés de gestion connaissent des difficultés, reconnaît Eric Pinon. Mais il est essentiel de rappeler que les fonds de leurs clients, conservés chez une banque dépositaire, ne sont, quant à eux, pas en risque.» Le nombre de sociétés de gestion en France – passé à 657 en 2019 après cinq années de stagnation autour de 630 – pourrait ainsi repartir à la baisse : entre 2009 et 2010 par exemple, le nombre de sociétés de gestion s’était légèrement contracté et la création de nouvelles structures avait été divisée par deux. Surtout, comme à chaque crise, les difficultés des uns peuvent se transformer en opportunité de croissance externe pour d’autres. A ce stade, personne ne sort du bois, chacun étant concentré sur la gestion de sa propre situation. En revanche, l’opération majeure de 2019, le rapprochement des activités de taux et de gestion institutionnelle de La Banque Postale AM et d’Ostrum AM, se poursuit malgré la crise, comme l’a rappelé le directeur général d’Ostrum, Philippe Setbon, sur LinkedIn fin avril. Dans un segment de marché où les marges dégagées par les sociétés de gestion sont faibles, réaliser des économies d’échelle est plus que jamais crucial. «L’opération en cours entre Ostrum et La Banque Postale AM doit permettre de créer un acteur disposant d’une taille critique, mais aussi d’une visibilité et d’une crédibilité indispensables pour attirer les grands fonds de pension ou fonds souverains internationaux», fait valoir Yoan Chazal.

Une ouverture internationale orientée vers l’Asie

Selon les observateurs, l’avenir de la gestion d’actifs française ne pourra en effet pas faire l’impasse de l’internationalisation. «La clientèle domestique, autrefois relativement captive, n’hésite plus à faire appel à des sociétés de gestion étrangères», note Eric Pinon. Symbole de ce mouvement, l’AFG compte depuis 2019 parmi ses membres le premier gestionnaire mondial, BlackRock, qui vient de créer une société de gestion de droit français. «Cette concurrence accrue oblige les acteurs français à eux-mêmes se tourner vers la clientèle internationale, en misant notamment sur leur expertise en gestion ESG», poursuit Eric Pinon.

Plusieurs asset managers français de la sélection d’Option Finance ont d’ores et déjà une majorité de leurs encours qui provient de l’étranger. Et les efforts se poursuivent, à l’image de Scor IP qui a acquis un concurrent britannique l’an dernier, ou encore de La Française AM qui prospecte plus spécifiquement les institutionnels sud-coréens. L’Asie semble un relais de croissance essentiel pour la gestion française et certains grands acteurs la ciblent depuis plusieurs années. A l’instar d’Amundi dont désormais 20 % des encours sont asiatiques et qui a annoncé fin décembre un partenariat majeur avec Bank of China : profitant d’un assouplissement du cadre réglementaire chinois, le leader européen est ainsi devenu le premier acteur étranger à détenir une participation majoritaire dans une société de gestion locale. Une stratégie qui pourrait faire des émules une fois la crise passée.