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Canal Toys sacré meilleur retournement de l’année pour les 10 ans du Prix Ulysse

Option Droit & Affaires - 28 février 2020

C’est désormais une tradition, l’ARE récompense chaque année depuis 10 ans l’entreprise ayant effectué le meilleur retournement. Pour 2020, c’est Canal Toys, acteur du marché du jouet, qui remporte la palme grâce à une transformation spectaculaire. Le volailler DUC a remporté quant à lui le prix des lecteurs des Echos, avec un redressement effectué en trois ans en préservant l’emploi et les contrats avec les éleveurs. Il a devancé l’enseigne de prêt-à-porter Grain de Malice, qui a également réussi un redressement rapide en opérant un changement de modèle économique. 

«Agilité et résilience» caractérisent le redressement de Canal Toys, raconté par Patrick Krief, son CEO et fondateur, et Réjean Guern, associé au sein du FCDE

Comment s’est déroulé le redressement de Canal Toys ?

Patrick Krief : Il s’agit d’un retournement par changement de business model. En 10 ans, Canal Toys est passé de généraliste du jouet, avec une concentration des ventes en France auprès de la GSA, et des produits 100 % sous licences, à pure player des loisirs créatifs, réalisant 70 % de son activité à l’étranger, disposant d’une distribution multicanale et de produits à plus de 90 % en marque propre.

Cela s’est fait en trois grandes étapes. Tout d’abord, une restructuration entre 2008 et 2011 passant par une réduction du point mort et un recentrage stratégique sur les loisirs créatifs. Après un retour à l’équilibre financier en 2011, nous avons établi notre nouveau business model dans un contexte de ressources contraintes : ouverture d’une filiale aux Etats-Unis en 2013, et lancement des premiers produits en marque propre. L’entrée du FCDE au capital en 2017 nous a ensuite permis d’accélérer et de sécuriser le plan de transformation.

Le résultat est une très forte croissance, rentable et génératrice de cash : le CA est passé de 14 millions d’euros à 50 millions d’euros entre 2016 et 2019, les effectifs ont été multipliés par deux, et la marge d’Ebitda est de l’ordre de 20 %.

Un redressement passe souvent par un changement de management, ce qui n’a pas été le cas ici.

Patrick Krief : Le succès de notre redressement repose en grande partie sur l’équipe Canal Toys au sens large. Durant cette traversée du désert, j’ai pu compter sur une équipe rapprochée, fidèle et résiliente dont je suis très fier. Nous n’aurions pas réussi à rebondir sans un diagnostic lucide et partagé, qui nous a permis d’apprendre de nos erreurs. Et la relation de confiance que nous avons tissée, fondée sur la transparence et la communication, est une force majeure en temps de crise.

Notre repositionnement s’est fait dans un contexte adverse en un temps relativement court, avec des moyens limités et sans accès au financement bancaire. Nous avons su retourner cette difficulté à notre avantage en faisant preuve d’agilité et de créativité, ce qui constitue aujourd’hui notre ADN et un avantage compétitif majeur.

Vous représentez le FCDE, actionnaire de Canal Toys depuis 2017. Comment avez-vous décidé de l’accompagner dans sa transformation ?

Réjean Guern :  Nous avons investi en premier lieu sur une équipe de qualité, agile et résiliente, qui avait su construire des fondamentaux solides : une présence sur trois continents, un savoir-faire reconnu dans la conception et le développement de produits innovants, et enfin un portefeuille produits de qualité.

La refonte du business model de Canal Toys s’intègre pleinement dans la stratégie d’investissement du FCDE, qui s’engage aux côtés des dirigeants pour les aider à transformer leurs entreprises.

Le fait que Patrick Krief reste aux commandes a-t-il joué ?

Réjean Guern :  C’était un point essentiel. Patrick est un dirigeant de grande qualité avec une forte vision stratégique. Il a su fédérer autour de lui une équipe structurée et agile. La réussite de ce retournement tient à l’alchimie entre cette équipe de management solidaire et un partenaire financier impliqué, qui soutient la vision portée par le dirigeant fondateur.

Qu’a permis l’arrivée du FCDE et quel est votre rôle aujourd’hui ?

Réjean Guern :  Nous sommes par nature un actionnaire impliqué dans la gouvernance, avec une forte culture d’engagement auprès des équipes de management.

Notre entrée au capital de Canal Toys a permis de financer le développement accéléré du groupe via le renforcement des fonds propres et la levée d’un financement de 5 millions d’euros, de mettre en place une gouvernance actionnariale professionnelle, de recruter des managers intermédiaires, de structurer la direction financière et enfin d’ouvrir deux nouvelles filiales au UK et en Espagne. Au global, notre intervention a permis de mettre en œuvre le changement de business model.

Comment envisagez-vous la suite ?

Patrick Krief : En 2020, six nouveaux pays, dont la Chine, vont rejoindre les 50 dans lesquels nous sommes présents, et cinq nouvelles gammes vont être lancées. Les actionnaires ont apporté les ressources nécessaires pour sécuriser l’avenir. Le Prix Ulysse clôt un chapitre de l’histoire de Canal Toys, désormais armé pour poursuivre son développement.

Interview de Virginie Verfaillie Tanguy, présidente de l’ARE

 

Avec 18 ans d’existence, l’ARE a trouvé sa vitesse de croisière, le nombre de ses membres croissant régulièrement (près de 250) et sa légitimité auprès des pouvoirs publics étant bien installée. Mais il reste encore du chemin à faire, notamment pour atteindre les chefs d’entreprise, d’après Virginie Verfaillie Tanguy, sa nouvelle présidente.

Comment définiriez-vous les missions de l’ARE ?

L’association représente tous les métiers du retournement, et a trois missions principales d’égale importance : promouvoir la prévention des difficultés des entreprises en faisant connaître les dispositifs français et européen ; former des étudiants et des professionnels aux métiers du retournement ; collaborer avec les pouvoirs publics pour améliorer le dispositif législatif.

Que signifie «promouvoir la prévention des difficultés» ?

Il s’agit de faire connaître les outils de prévention des difficultés et du redressement, et de sensibiliser les chefs d’entreprise à l’importance de l’anticipation. Un énorme travail a déjà été fait pour lever le tabou que représentent les difficultés, sans parler des échecs, dans notre culture. Le Prix Ulysse est pour cela un succès dont l’ARE peut être fière, car il n’était pas gagné à son lancement que des chefs d’entreprise acceptent de monter sur scène pour raconter devant leurs pairs les parcours parfois difficiles de leurs sociétés !

Mais ce sujet est encore source de méfiance dans l’esprit du public, et nous devons donc poursuivre nos efforts. Tout d’abord, je souhaite renforcer l’implication et la participation de nos membres, qui sont nos meilleurs relais. Ce sont eux qui peuvent le mieux convaincre de l’intérêt d’utiliser tous les outils qui existent. Nous allons également poursuivre l’organisation de colloques en région, et après Lyon et Lille, ce sera Marseille en juin 2020.

Pour moi, une orientation forte sera d’élargir le public auquel nous nous adressons. Nous réfléchissons donc à monter des événements en partenariat avec d’autres associations, et nous venons de créer un comité digital chargé de renforcer notre communication sur les réseaux sociaux et de nous rendre plus visibles en ligne. L’ARE fonctionne bien pour ce qui concerne le partage des bonnes pratiques et son exigence d’excellence et, grâce à cela, nous sommes plus forts pour toucher plus largement les chefs d’entreprise.

Votre deuxième mission est la formation…

C’est un sujet crucial, et nous intervenons à deux niveaux. D’une part, nous avons mis en place, grâce au travail de Douglas Rosefsky et du comité universitaire, des actions régulières dans des cursus grandes écoles ou universitaires pour sensibiliser les professionnels de demain sur la prévention et le traitement des difficultés des entreprises : HEC entrepreneurs, l’Edhec, l’Essec, et les universités Paris-Dauphine et Paris Panthéon-Assas. Un autre volet, tout aussi important, concerne la formation permanente. L’ARE organise des formations pour les collaborateurs de ses membres, envers lesquels nous avons la même exigence de professionnalisme et d’expertise. Nous poursuivons également des formations avec d’autres organismes comme le CCEF.

Qu’en est-il de la collaboration avec les pouvoirs publics ?

C’est une mission qui recouvre plus particulièrement les aspects juridiques du retournement. Il s’agit de collaborer, d’échanger de manière productive avec les différents services publics, la DACS au sein de la Chancellerie, le CIRI, ou les différents ministères, pour permettre d’améliorer le dispositif législatif. Un groupe de travail spécifique a été créé au sein de notre comité des lois, piloté par Alexandra Bigot, qui œuvre à la meilleure transposition possible de la directive européenne restructuration et insolvabilité, dans le cadre de la consultation nationale. Nous sommes très pro-actifs vis-à-vis de nos différents interlocuteurs, comme certains tribunaux de commerce avec lesquels nous avons organisé des colloques, et nous sommes très heureux que le prix Ulysse se soit déroulé sous le haut patronage d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances.