Dossiers

Restructuring

Les entreprises tiennent bon

Le grand boom du restructuring n’a visiblement pas été à l’agenda de 2019. Malgré la poursuite du mouvement des gilets jaunes sur le premier semestre, et en dépit de quelques incertitudes au niveau macroéconomique, les entreprises ont globalement tenu le cap. Selon les chiffres du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce, 42 076 procédures collectives ont été ouvertes en 2019 en France métropolitaine, soit une diminution de 4,5 % par rapport à 2018. Certains secteurs demeurent toutefois assez fragiles, à commencer par le commerce, qui regroupe 23,8 % des procédures collectives, suivi de la construction et de l’hébergement-restauration. A elles trois, ces activités concentrent près de 60 % des procédures collectives.

Des secteurs en pleine mutation

Autre domaine qui connaît un profond bouleversement : le tourisme. Entre la montée en puissance des plateformes digitales et la concurrence à laquelle se livrent les compagnies low-cost, les acteurs traditionnels sont confrontés à un changement de modèle qui s’avère parfois douloureux. Parmi les récentes victimes figure le voyagiste anglais Thomas Cook. L’ex numéro 1 mondial des tour operators, avec quelque 22 000 employés, a été déclaré en faillite en septembre dernier. «Le modèle du tour operator a rapidement été pris en étau entre une facilité pour le consommateur à organiser son propre voyage sur internet, via notamment les outils comparateurs de vols, et des hôteliers qui ont une visibilité de plus en plus forte grâce aux outils de community management et aux OTA tels que Booking et consorts», explique Olivier Petit, associé directeur d’In Extenso tourisme, culture et hôtellerie. Des causes un peu différentes – mais une même pression sur les coûts – ont par ailleurs entraîné la chute des compagnies aériennes Aigle Azur et XL Airways. Malgré quelques tentatives, aucune solution de reprise n’a pu aboutir, entraînant la disparition des deux sociétés.

Céder pour redresser

Les mutations de plus en plus rapides du marché comme les comportements des consommateurs obligent les grands groupes, quel que soit leur secteur d’activité, à revoir régulièrement leur stratégie et leur périmètre. Une obligation qu’a intégrée, contraint et forcé, Vivarte, en proie à une lourde restructuration depuis plusieurs années. L’ancien géant du textile a ainsi continué sa stratégie de recentrage avec la réalisation de nouvelles cessions. Dernière en date, celle de la marque de chaussures San Marina repris par Thierry Le Guénic, Stéphane Collaert et la Société d’investissement Grimonprez, qui avaient déjà repris les enseignes Chevignon et Cosmoparis. Une stratégie qu’assume pleinement son président Patrick Puy, expert en retournement d’entreprise : «Mon objectif n’est pas de sauver le groupe, mais les enseignes, qui d’ailleurs ne bénéficiaient d’aucune synergie entre elles. Or, in fine, les marques ont été préservées.» Recentré sur trois enseignes, Minelli, Caroll et La Halle, le groupe, qui est récemment passé aux mains de ses créanciers, compte bien réussir sa mue.

Face à une entité moins performante, ou simplement moins core business, l’option du carve-out est ainsi souvent envisagée. Une opération qui peut se révéler être une véritable chance pour l’entité cédée à condition d’être bien préparée. Première étape clé : définir le périmètre de l’activité et déterminer toutes les interdépendances avec le groupe cédant. «Il peut y avoir des business qui ne sont pas séparables de l’entité dans laquelle ils s’inscrivent, ou le sont difficilement, relève Bertrand Allain, directeur juridique groupe chez JC Decaux. Souvent, la difficulté est d’identifier les accords à mettre en place pour garantir la pérennité de cette activité une fois détourée.» L’engagement du vendeur comme celui des managers repreneurs sont ainsi essentiels pour assurer une séparation en douceur.