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Coronavirus

Quels impacts sur les états financiers 2019

Option Finance - 20 Mars 2020 - Isabelle Andernack

Coronavirus, Marchés financiers, Etats financiers

Le coronavirus, outre son impact sanitaire et économique immédiat et son impact significatif sur les marchés financiers, va également affcter les états financiers 2019.

Par Isabelle Andernack, expert-comptable, commissaire aux comptes, professeur à Burgundy School of Business, membre de la SFAF

La pandémie de coronavirus qui sévit actuellement au niveau mondial a déjà eu ces derniers jours des impacts considérables sur les marchés mondiaux. Elle va avoir également des implications comptables pour de nombreuses entreprises dans leurs états financiers 2019.

Certes, dans l’immédiat, les entreprises sont en priorité concernées par les effets de cette pandémie sur leur activité : perturbations de la chaîne d’approvisionnement, baisse des ventes (et/ou des commandes), gestion de l’absence de salariés due à la maladie, aux mesures de confinement et/ou fermetures d’écoles, retard dans l’avancement de projets, difficultés de trésorerie, à trouver des financements, volatilité accrue de la valeur des instruments financiers…

Toutefois, étant donné que la pandémie continue de se propager à l’échelle mondiale, les entreprises, qui sont actuellement en phase de finalisation de leurs états financiers 2019, doivent considérer avec attention l’impact attendu de l’épidémie sur un certain nombre d’informations comptables et financières.

Elles doivent en particulier porter une attention toute particulière à leur exposition aux risques lors de l’analyse de la manière dont les événements récents peuvent affecter leur communication financière. Rappelons qu’il est indispensable de communiquer, en particulier dans les notes annexes aux états financiers, sur les impacts majeurs réels et/ou attendus de cette pandémie de coronavirus.

En période de grande incertitude, il est tout particulièrement important de permettre aux lecteurs des états financiers d’avoir un aperçu des risques et incertitudes significatifs auxquels l’entreprise se trouve confrontée et d’expliquer quels jugements ont été faits lors de la préparation de l’information financière. Rappelons qu’une information présente un caractère significatif (c’est-à-dire qu’elle revêt relativement de l’importance) si on peut raisonnablement s’attendre à ce que son omission ou son inexactitude influence les décisions que les principaux utilisateurs des états financiers prennent en se fondant sur l’information financière fournie dans les états financiers.

Il est donc important d’expliquer les jugements réalisés par la direction (hors application des méthodes comptables) qui ont l’impact le plus significatif sur les montants comptabilisés dans les états financiers, et de fournir des informations sur les hypothèses formulées pour l’avenir et sur les autres sources majeures d’incertitude relatives aux estimations qui présentent un risque important d’entraîner un ajustement significatif des montants des actifs et des passifs au cours de la période suivante. Bref, en cette période complexe et troublée, expliquer c’est déjà rassurer.

Les entreprises sont susceptibles de devoir faire face à de nombreuses difficultés, et notamment aux sujets comptables et financiers, sans que la liste suivante n’ait la prétention d’être exhaustive.

L’épidémie de coronavirus actuelle, commencée avant la date de clôture de l’exercice 2019, doit être considérée comme un indice de perte de valeur éventuelle et les entreprises devront, dans certains cas, procéder à des tests de dépréciation (en plus des tests annuels obligatoires pour les goodwill et les actifs incorporels à durée d’utilité d’indéfinie).

Il est important de communiquer sur le résultat de ces tests et sur les dépréciations qui seraient comptabilisées en tenant compte des environnements dégradés.

En ce qui concerne la valorisation des stocks, certaines entreprises manufacturières vont être touchées par une réduction d’activité liée à la baisse de la demande, à la difficulté de s’approvisionner, voire à l’absentéisme de leurs employés confinés chez eux pour des raisons sanitaires.

Elles vont devoir s’assurer qu’aucune sous-activité n’est incorporée dans la valeur de leurs stocks et, le cas échéant, comptabiliser certains coûts en charges.

Cet impact ne devrait pas se faire sentir dans l’immédiat, mais plutôt pour le premier trimestre 2020 car les stocks figurant au bilan à la clôture 2019 n’étaient, pour la plupart, pas encore concernés par cette sous-activité.

Les entreprises vont devoir également faire face au risque de défaut de paiement de certains de leurs créanciers, et donc reconsidérer et réestimer la dépréciation pour perte de crédit attendue (allowance for expected credit losses) comptabilisée sur les créances à la clôture de l’exercice en tenant compte uniquement de la situation connue à la clôture de l’exercice, ce qui risque d’être extrêmement complexe à réaliser.

Les entreprises vont devoir également faire preuve de jugement professionnel pour évaluer à la juste valeur certains instruments financiers, notamment ceux utilisant la juste valeur de niveau 3, afin de tenir compte, dans les estimations de flux de trésorerie futurs, des impacts attendus de l’épidémie de coronavirus sur les actifs et passifs liés.

Enfin, en présence d’un environnement économique dégradé, et faisant face à des difficultés de trésorerie, certaines entreprises pourraient ne plus être en mesure de respecter certains covenants bancaires.

Rappelons que le non-respect d’un covenant bancaire avant la date de clôture impose de reclasser la dette intégralement en passif courant et que le non-respect après la date de clôture ne remet pas en cause la présentation de la dette au bilan.

L’épidémie de coronavirus n’affectant l’Europe que depuis quelques semaines, le non-respect d’un covenant n’entraînera logiquement pas le reclassement de la dette en passif courant, mais nécessitera néanmoins, comme pour tout événement postérieur à la clôture majeur, une information détaillée dans l’annexe des états financiers. L’entreprise devra également se demander si sa continuité d’exploitation n’est pas compromise et communiquer sur ce point.

En cette période troublée, une communication financière étayée et transparente sur les principaux risques et jugements liés à l’épidémie de coronavirus dans les comptes 2019 ne pourra qu’être conseillée, en espérant que les entreprises, tout comme nous autres, survivront à cette crise sanitaire, économique et financière majeure. Portez-vous bien.