Communauté financière

Interview - Catherine Berjal, présidente du conseil d’administration de CIMA

«Altice aurait agi contrairement aux intérêts de SFR et se serait rendu coupable d’un abus de biens sociaux.»

Option Finance - 26 juin 2017 - Propos recueillis par Astrid Gruyelle

Tribunal d'instance

Catherine Berjal, présidente du conseil d’administration de CIMA
CIMA

Votre fonds activiste Charity & Investment Merger Arbitrage (CIMA), qui est actionnaire minoritaire de SFR, vient de porter plainte devant le tribunal de grande instance de Paris contre Altice. Que lui reprochez-vous ?

Nous dénonçons la manière dont Altice gère sa filiale SFR. Le groupe de médias et de télécoms a en effet récemment pris trois décisions de gestion qui nous incitent à penser qu’il aurait agi contrairement aux intérêts de SFR et qu’il se serait ainsi rendu coupable d’un abus de biens sociaux. Tout d’abord, Altice a décidé que SFR devait prendre en charge l’intégralité d’une amende de 80 millions d’euros infligée l’an dernier par l’Autorité de la concurrence qui avait estimé que les sociétés s’étaient rapprochées sans attendre sa décision. Pourtant, l’Autorité précise bien que cette sanction pécuniaire aurait dû être honorée solidairement par Altice et SFR.

Ensuite, le groupe contrôlé par Patrick Drahi a annoncé que la marque SFR serait abandonnée courant 2018 au profit de la marque Altice. Mais, alors que cette dernière n’a aucune valeur, la marque SFR est valorisée 904 millions d’euros à son bilan. Son abandon engendrerait donc une perte nette pour SFR. En outre, Altice estimant que sa marque gagnera en notoriété sur le plan commercial d’ici trois ans, il exigera de SFR qu’il lui verse des redevances pour son utilisation. Or, la marque Altice semblant appartenir à Patrick Drahi personnellement, ces redevances devraient lui rapporter 700 millions d’euros sur cinq ans.

Enfin, alors que SFR est engagé jusqu’en 2025 par un bail immobilier, Altice a pris la décision de le résilier pour faire déménager les équipes de l’opérateur dans des locaux qui auraient été acquis par Patrick Drahi. Cette décision engendrera des frais attachés à la rupture du bail et se traduira de surcroît par une hausse du loyer (725 euros le mètre carré par an pour les nouveaux locaux, contre 490 euros pour les locaux précédents).


Vous étiez-vous déjà soulevés contre des agissements d’Altice à l’égard de SFR ?

Nous sommes intervenus l’an dernier lors de l’offre publique d’échange lancée par Altice sur SFR. Le groupe avait en effet annoncé à cette occasion son intention de mettre en place une convention de prestation visant à se rémunérer pour les services rendus à SFR. Or, les informations relatives à cette convention étaient très incomplètes et ne permettaient pas aux actionnaires minoritaires de SFR d’en évaluer l’impact.

Nous avions alors dénoncé ces faits dans un courrier adressé à l’AMF, qui a rendu, ce qui est rare, une décision de non-conformité de l’offre publique. Nous n’étions toutefois pas allés jusqu’à porter plainte car, après un autre courrier envoyé aux administrateurs de SFR, il semble que ce projet de convention de prestations ait été abandonné.


Vous avez porté plainte il y a deux ans contre The Walt Disney Company : était-ce pour des faits similaires à ceux reprochés à Altice ?

Nous reprochions en effet à The Walt Disney Company d’avoir agi à l’encontre des intérêts d’Euro Disney, sa filiale française dont CIMA est également actionnaire minoritaire, tout comme nous le reprochons aujourd’hui à Altice à l’égard de SFR. Nous dénoncions notamment, comme dans le cas d’Altice, un abus de biens sociaux de la part de The Walt Disney Company. Cette dernière avait effectué des prélèvements auprès d’Euro Disney au titre de contrats de licence, de gérance et de développement. Selon nous, ces prélèvements ont asséché les liquidités de la filiale et ont conduit à ce que The Walt Disney Company rachète 14 % d’Euro Disney à un prix très faible qui lèse les actionnaires minoritaires. A ce jour, cette action pénale est toujours en cours.

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