Communauté financière

Interview - Joëlle Durieux, directrice générale, pôle Finance Innovation

«En matière d’innovation financière, la France n’a rien à envier au Royaume-Uni»

Option Finance - 18 mars 2019 - Propos recueillis par Thomas Feat

Innovation, France, Royaume-Uni

Joëlle Durieux, directrice générale du pôle de compétitivité Finance Innovation
Finance Innovation

Finance Innovation vient de publier son deuxième livre blanc sur les évolutions technologiques et leur impact sur l’industrie financière. Quelles en sont les conclusions ?

Dans le cadre de consultations menées entre 2017 et 2018, quelque 250 contributeurs représentatifs de l’écosystème français de la finance, fintechs, insurtechs, regtechs, mais aussi grands groupes institutionnels, assureurs, banquiers et asset managers, nous ont fait part de leur vision concernant le futur de leurs métiers. Partant de leurs témoignages, nous avons identifié trois technologies de rupture qui révolutionneront, demain, l’industrie financière : l’intelligence artificielle (IA), la blockchain et les ordinateurs quantiques. Pour chacune d’elles, le livre blanc cible des domaines d’innovation prioritaires (DIP), c’est-à-dire des axes de développement incontournables sur lesquels les investissements et la recherche devront être portés afin de garantir à l’écosystème français une place de premier ordre dans la course technologique. A titre d’exemple, 16 DIP ont été retenus pour l’IA, dans les domaines de la relation client, du traitement des données, de l’investissement, de la gestion du risque, de la mise en conformité et de l’innovation produit. Prochainement, ces travaux serviront de base à des appels à projets lancés par Finance Innovation dans chacun des domaines mis en lumière.


Comment la France se positionne-t-elle aujourd’hui par rapport à ces trois technologies ?

En matière d’innovation financière, la France n’a rien à envier au Royaume-Uni, auquel on la compare souvent en Europe. Elle compte non seulement quelque 300 start-up dédiées à l’intelligence artificielle, qui ont levé près de 300 millions d’euros l’an dernier et enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires de 80 % en glissement annuel, mais aussi plus de 5 000 chercheurs spécialistes de la discipline. Elle a commencé à se doter d’un arsenal réglementaire permettant l’échange de certains actifs financiers via la blockchain, une première mondiale, et projette de créer prochainement via la loi Pacte un cadre juridique optionnel pour les initial coin offerings. Dans ces deux domaines, les grands acteurs traditionnels que sont les banques et assureurs, et les petits acteurs disruptifs, tirent parti de nombreux partenariats stratégiques ou commerciaux, dont la très grande majorité ne sont pas connus du public. La partie la plus visible de ce rapprochement est matérialisée par la création d’incubateurs ou d’accélérateurs sur tout le territoire, à l’instar du Village by CA de Crédit Agricole, de L’Atelier BNP Paribas, d’Axa Factory ou de l’Accélérateur Allianz. Enfin, de nombreuses initiatives ont été lancées dans le champ de l’informatique quantique, tant au sein de la communauté scientifique que de groupes français. Il est toutefois difficile de prédire à quelle échéance celles-ci se concrétiseront sur le plan commercial.


Comment expliquez-vous que les acteurs innovants de l’écosystème financier pâtissent d’un déficit de financement une fois franchi un certain seuil de croissance ?

Cela tient à ce que l’offre de capital-investissement disponible dans l’Hexagone est encore en phase de consolidation. Mais cette carence se résorbe, comme en témoignent les fonds levés par les fintechs l’an dernier, de près de 400 millions d’euros. Elle est amenée à s’effacer d’autant plus vite que la France a démontré ces dernières années sa capacité à attirer des entreprises non résidentes sur son sol, et donc, par corollaire, des financeurs étrangers. A ce titre, l’issue du Brexit sera déterminante, l’Hexagone faisant figure de terre d’accueil privilégiée pour les entrepreneurs établis aujourd’hui outre-Manche.

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