Communauté financière

Thomas Courbe, directeur général des entreprises au ministère de l’Economie et des Finances

«Face au Covid-19, il était impératif que les entreprises disposent rapidement d’outils de soutien»

Option Finance - 9 mars 2020 - Propos recueillis par Alexandra Milleret

Coronavirus, Entreprises

«Au-delà du recours possible à la Médiation du crédit, c’est tout le réseau des services économiques de l’Etat en région qui est en alerte.»

Les entreprises françaises auraient déjà subi près d’un milliard d’euros de pertes depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Cette situation a-t-elle incité le ministère de l’Economie et des Finances à réagir très rapidement en annonçant un certain nombre de mesures dès le 21 février dernier ? 

L’Etat a effectivement pris conscience très tôt de l’impact économique que le Covid-19 pouvait avoir sur les entreprises. Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a réuni dès le 21 février les représentants des grandes filières industrielles ainsi que les organisations professionnelles, et les a rencontrés à nouveau le 3 mars dernier pour faire un point de situation. Dès la première réunion, des mesures d’accompagnement aux entreprises en difficulté, en particulier les PME, ont été annoncées. Il nous semblait impératif de mettre à leur disposition des outils de soutien, notamment des dispositifs de trésorerie, qui soient mobilisables très rapidement. Beaucoup de questions nous sont posées par les entreprises, notamment sur le cas de force majeure, le droit de retrait… L’un de nos objectifs est donc de répondre le plus rapidement possible aux interrogations des entreprises. Nous travaillons d’ailleurs avec le ministère de la Santé et celui du Travail pour nous assurer que ces informations sont bien coordonnées. 

En quoi consistent plus précisément ces mesures ? 

Nous avons mis en œuvre toute une série de mesures destinées à permettre aux entreprises de faire face à des situations de trésorerie difficiles. Pour cela, nous avons réactivé celles qui ont prouvé leur succès par le passé, lors des derniers mouvements sociaux par exemple. Je pense notamment à la demande de report d’échéances sociales et/ou fiscales (Urssaf, impôts…) ou l’établissement de plans d’étalement de créances.

Par ailleurs, les entreprises peuvent demander l’obtention ou le maintien d’un crédit bancaire via Bpifrance, qui garantit à hauteur de 70 % les prêts de trésorerie (contre 40 %, normalement). Cette solution offrira une alternative aux entreprises dont les difficultés pourraient conduire leurs banques à ne pas vouloir leur renouveler un prêt. 

De plus, l’Etat considère le coronavirus comme un cas de force majeure pour les marchés publics : une entreprise qui travaille avec l’Etat et qui serait empêchée d’exécuter son contrat dans les délais impartis, en raison de la situation sanitaire, ne se verra pas appliquer de pénalités de retard. 

Nous avons également permis aux entreprises de recourir plus facilement aux mécanismes d’activité partielle. Pour cela, nous avons demandé aux services des DIRECCTE en régions de fournir des autorisations plus rapidement. Depuis le début de l’épidémie en France, ce dispositif s’est vite révélé très utile : le ministre a indiqué que cette mesure a déjà été demandée par 400 entreprises et 6 000 salariés. 

Enfin, nous avons demandé, par l’intermédiaire des filières industrielles et des organisations professionnelles, aux grands donneurs d’ordre de faire preuve de clémence pour le traitement des contrats avec leurs sous-traitants lorsque ces derniers ne peuvent mener à bien leurs engagements en raison de la crise du coronavirus. Dans des circonstances telles que celles que notre pays vit actuellement, il est essentiel de faire preuve de solidarité. 

Déjà utilisée en réponse à la crise économique de 2008, la Médiation du crédit vient d’être réactivée. Que permet-elle ? 

La Médiation du crédit était logiquement moins utilisée ces dernières années car la situation du crédit, y compris pour les PME, était plutôt bonne en France. 

Mais, lors d’une crise comme celle du coronavirus, la Médiation s’avère très utile pour les PME afin de dénouer des situations difficiles avec leurs prêteurs ou leur banque. Elle peut, en outre, être mobilisée facilement car elle est hébergée par la Banque de France, ce qui lui permet de s’appuyer sur le réseau de cette dernière. 

Plus généralement, c’est tout le réseau des services économiques de l’Etat qui est en alerte pour soutenir les entreprises face à l’épidémie, avec un point de contact désigné dans chaque région, sur l’ensemble du territoire national. De même, la direction générale des entreprises a ouvert au niveau national une adresse mail unique, afin que toutes les entreprises puissent signaler leurs difficultés. 

J’ajoute également que nous poursuivons nos discussions avec les différentes filières industrielles, les commerçants, les fédérations comme celle des transports, pour rester vigilants et être capables, si cela est nécessaire, de prendre d’autres mesures plus spécifiques pour un secteur d’activité en particulier. 

Peut-on déjà tirer un premier enseignement économique de la crise du coronavirus ? 

Cette crise a mis en exergue la trop grande dépendance d’un certain nombre de nos filières industrielles, notamment s’agissant de l’approvisionnement très concentré dans certains pays. Dans ce contexte, à la demande du ministre de l’Economie et des Finances, nous avons donc décidé d’engager avec ces différentes filières un travail pour, à moyen terme, diversifier et sécuriser les sources d’approvisionnement, et notamment en relocalisant en Europe certaines productions. C’est très cohérent avec le travail que nous menons depuis près d’un an dans le cadre du pacte productif.

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