Communauté financière

Interview - Dominique Gaillard, président, France Invest

«Il est essentiel d’améliorer l’acceptabilité sociale du capital-investissement.»

Option Finance - 2 juillet 2018 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Capital investissement

«Avec les prix actuels, les investisseurs en capital sont conscients qu’ils ne pourront certainement pas dégager du rendement en jouant sur le seul effet de levier.»

Vous venez d’être élu président de France Invest (ex-Afic). Quel regard portez-vous sur le marché du capital-investissement hexagonal en matière de levées de fonds ?

La tendance est, d’un point de vue général, extrêmement satisfaisante. En 2017, 16,5 milliards d’euros de capitaux ont été levés par les sociétés de gestion, un montant en progression de 13 % sur un an. Les premiers mois de 2018 semblent s’inscrire dans cette dynamique porteuse. Phénomène récent, les fonds de première génération («first time funds»), qui peinaient il y a encore quelques années à collecter, parviennent aujourd’hui à le faire assez facilement, pour autant que leurs équipes affichent un historique solide et que leur thématique d’investissement (santé, finance, agro-alimentation…) séduise les investisseurs. Tout cela est très positif. Néanmoins, la situation reste contrastée. Tandis que les gérants de gros fonds ayant enregistré de bonnes performances dépassent régulièrement et rapidement leurs objectifs de levée, ceux qui soit gèrent des encours limités, soit ont souffert sur les millésimes précédents, éprouvent beaucoup de difficultés de fundraising. Au final, le marché est assez manichéen. 

Sur le plan des opérations, un nombre croissant de voix s’élèvent face à l’inflation des valorisations et des leviers, qui approchent, voire dépassent, des plafonds historiques. L’emballement actuel vous préoccupe-t-il ? 

Les fondamentaux restent, à mes yeux, sains. Les transactions faisant ressortir les multiples les plus importants concernent en effet des cibles dont la croissance organique dépasse régulièrement les 10 %, dont le ratio d’Ebitda est substantiel, et dont la génération de free cash-flow est conséquente. En outre, les investisseurs en capital sont pleinement conscients qu’avec les prix actuels, ils ne pourront dégager du rendement qu’en créant de la valeur, et certainement pas en jouant sur le seul effet de levier. Dans ce contexte, les business plans mis en œuvre font la part belle aux stratégies offensives (buy & build…). Enfin, même si la Banque de France appelle à la prudence face à la production soutenue de prêts LBO, il convient de la relativiser dans la mesure où l’essentiel de ces financements est remboursable in fine et est assorti d’un nombre réduit de covenants. A ce titre, ils n’obèrent pas le développement des entreprises. 

Quel sera votre plan d’action à la tête de France Invest pour entretenir cette dynamique d’ensemble ?

Mon programme se décline en 18 initiatives, qui reposent sur cinq grandes orientations : renforcer l’attractivité du capital-investissement auprès des entrepreneurs, accroître sa force de frappe et faciliter la montée en puissance des acteurs de petite et moyenne taille, travailler avec notre écosystème pour renforcer notre influence, améliorer l’environnement juridique et fiscal au sein duquel nous opérons et, enfin, encourager le partage de la création de valeur entre actionnaires et salariés. 

Concrètement, nous veillerons par exemple à obtenir des assouplissements réglementaires, en particulier la revue des seuils statutaires ou légaux limitant la capacité des organismes publics ou parapublics à placer leurs encours dans la classe d’actifs capital-investissement. De plus, nous chercherons à encourager les rapprochements entre acteurs de taille moyenne. En atteignant une taille critique et en privilégiant un positionnement multistratégies, ces derniers parviendront non seulement à attirer des talents, mais aussi à lever plus facilement des fonds, notamment auprès d’investisseurs étrangers. Mais si je devais mentionner une action prioritaire, ce serait la suivante : améliorer l’acceptabilité sociale du capital-investissement. Afin de séduire par exemple les entreprises familiales, qui rechignent encore à se tourner vers les gérants du non-coté, nous devons leur démontrer que nous sommes le meilleur levier pour créer des emplois, pour accélérer leur développement international et finalement les convaincre que nous sommes leurs meilleurs alliés pour générer de la valeur patrimoniale… Cette opération séduction passera notamment par une vaste campagne de communication auprès des organisations patronales en régions.

À lire aussi

Interview - Sarah N’Sondé, responsable de l’analyse sectorielle, Coface

«La décélération de l’activité concerne tant les Etats-Unis que l’Asie et l’Europe»

Interview – Gaétan Rougevin-Baville, chief operating officer, Meero

«Une entreprise de la French Tech peut aujourd’hui rayonner internationalement depuis Paris.»