Communauté financière

Patrick Parent, président du Committee of European Audit Oversight Bodies (CEAOB)

«Il faut promouvoir les contrôles coordonnés entre plusieurs superviseurs de différents Etats.»

Option Finance - 13 juillet 2020 - Propos recueillis par Olivia Dufour

Audit

«Nous devons nous préparer aux changements engendrés par les nouvelles technologies dans les techniques d’audit.» 

Conseiller du président du Haut Conseil du commissariat aux comptes (H3C), vous venez d’être élu le 8 juillet pour quatre ans à la tête du CEAOB, le comité européen placé auprès de la Commission européenne qui rassemble les superviseurs européens de l’audit. La toute récente affaire Wirecard semble mettre en lumière notamment une défaillance des auditeurs. Est-ce un dossier sur lequel le CEAOB est appelé à intervenir ? 

La Commission européenne a saisi l’Esma pour lui demander d’analyser les faits afin de comprendre ce qu’il s’est passé dans ce dossier. Le CEAOB, contrairement à l’ESMA, n’est pas un régulateur, il ne dispose d’aucun pouvoir propre, son rôle consiste à conseiller la commission sur les questions d’audit. Mais il est aussi un lieu où tous les superviseurs des Etats membres se réunissent pour échanger et harmoniser leurs pratiques en matière de contrôle de l’audit. A ce titre, quelles que soient les conclusions des investigations, nous pouvons et même nous devons chercher à tirer les leçons de cette affaire. Par exemple, on nous interroge sur la manière dont on peut traiter les alertes venant des tiers puisque, en l’espèce, le Financial Times a dénoncé un problème comptable. Nous pourrions, ainsi, être conduits à conseiller à la Commission de réfléchir au statut du lanceur d’alerte susceptible de s’adresser aux auditeurs car, en l’état, il n’est peut-être pas assez protecteur, notamment au regard de l’anonymat. 

La crise sanitaire a compliqué les contrôles des auditeurs mais aussi les vôtres sur leurs travaux… 

Nos avons dû en effet relever le défi des contrôles à distance. Certes, cela a ralenti le rythme des missions dans tous les pays mais cela a été aussi l’occasion pour les superviseurs de travailler de manière différente. C’est d’autant plus important que nous devons nous préparer aux changements engendrés par les nouvelles technologies dans les techniques d’audit. Une autre de nos préoccupations a été d’échanger avec les auditeurs au titre des conséquences de la crise sanitaire sur l’exercice de leur mission. Nous avons également débattu avec eux pour comprendre comment ils s’adaptaient à l’impossibilité de réaliser des contrôles physiques.

La crise, c’est aussi le risque de faillite des entreprises et ce que cela implique pour le commissaire aux comptes dans l’exercice de sa mission…

Cela fait partie de nos préoccupations. Outre les initiatives individuelles comme celles du H3C qui a incité les commissaires aux comptes à exercer leur devoir d’alerte en privilégiant une phase initiale de dialogue auprès de leurs clients, le CEAOB est également intervenu. Il a publié un communiqué concernant la manière de traiter les informations post-clôture à l’exercice 2019. Par ailleurs, nous sommes en relation permanente avec les grands réseaux mondiaux pour traiter ces sujets. Au niveau de l’IFIAR, le forum indépendant des régulateurs de l’audit, nous avons organisé des échanges avec les réseaux sur leur situation et celle de leurs clients au regard de la crise sanitaire. Sur les 55 membres de l’IFIAR, on compte 24 membres de l’Union. 

Quelles sont les pistes de développement que vous envisagez en tant que nouveau président ? 

L’un de mes objectifs est de communiquer et de faciliter les échanges entre les membres, et notamment de promouvoir les contrôles coordonnés entre plusieurs superviseurs de différents Etats. Il s’agirait par exemple de contrôler l’audit de la société mère dans un pays et d’une filiale importante dans un autre. Des tests ont déjà été réalisés avec succès. Si nous voulons avoir du poids face aux grands réseaux dont les moyens sont infiniment supérieurs aux nôtres, intervenir dans plusieurs pays permettrait d’améliorer l’efficacité des contrôles, de montrer que nous partageons la même approche et que nous développons des analyses homogènes. Il conviendra également d’organiser un meilleur partage de l’information pour que, par exemple, quand un journal dans un Etat membre émet des doutes sur la fiabilité des comptes d’une société, nous puissions en être tous informés rapidement, identifier les effets potentiels dans les autres pays et déterminer comment on traite l’affaire. 

Je souhaite également développer les interactions avec les parties prenantes, pour identifier les besoins des investisseurs, analystes, etc. Il me semble en particulier que nous avons une convergence d’intérêts avec les membres des comités d’audit. Il nous faut élargir nos relations, renforcer notre communication et, bien entendu, la convergence des contrôles de qualité de l’audit est une absolue nécessité.