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Interview - Sarah N’Sondé, responsable de l’analyse sectorielle, Coface

«La décélération de l’activité concerne tant les Etats-Unis que l’Asie et l’Europe»

Option Finance - 15 juillet 2019 - Propos receuillis par Arnaud Lefebvre

Coface

Sarah N’Sondé, responsable de l’analyse sectorielle, Coface
Coface

Le Baromètre risques pays et sectoriels que vient de publier Coface pour le deuxième trimestre 2019 dépeint un environnement macroéconomique dégradé au niveau mondial, ce qui vous a conduit à réviser à la baisse la note de plusieurs secteurs et pays, dont l’Allemagne. Cette situation est-elle la conséquence directe de la guerre commerciale en cours entre les Etats-Unis et la Chine ?

Lors du premier semestre, nous avons constaté un recul du commerce mondial qui devrait, selon nos prévisions, aboutir à une baisse en volume de ce dernier de l’ordre de - 0,7 % en 2019. Les enquêtes réalisées auprès des dirigeants d’entreprises dans les principales zones géographiques sont formelles : les tensions commerciales pèsent incontestablement sur la confiance. Elles affectent surtout l’activité manufacturière, en particulier le secteur automobile qui faisait déjà face à de nombreux défis (évolution des préférences des consommateurs pour des véhicules plus propres…). L’Allemagne symbolise à elle seule ces difficultés : la production automobile y est passée d’une croissance positive de 5 % sur un an en février 2017 à une croissance négative de - 12 % sur un an au printemps 2019. De quoi provoquer un réel essoufflement de son économie, qui devrait croître de 0,8 % seulement cette année contre 1,5 % l’an dernier. Dans ce contexte, la progression du PIB mondial devrait ralentir de 3,1 % à 2,7 % en 2019. Ce sera la première fois, depuis 2016, que ce mouvement de décélération va concerner simultanément les Etats-Unis, l’Asie et l’Europe. Pour cette raison, nous avons été amenés à déclasser la note de certains pays, parmi lesquels l’Allemagne et l’Autriche.


Comment s’en sort la France ?

L’Allemagne restant la première économie européenne, ses difficultés vont pénaliser la totalité de ses partenaires, dont la France. Même si l’Hexagone ne devrait pas faire exception en enregistrant un taux de croissance en retrait (1,4 % en 2019 contre 1,5 % en 2018), le ralentissement sera toutefois moins marqué. Ce constat tient au fait que plusieurs secteurs d’activité résistent, à l’image du secteur de la pharmacie, et que la consommation demeure soutenue en raison notamment des mesures fiscales adoptées en début d’année pour stimuler le pouvoir d’achat des classes moyennes. Les indicateurs disponibles en ce début de troisième trimestre (sur les données de mai et juin derniers) semblent montrer que les carnets de commandes des entreprises s’améliorent. A ce stade, l’évaluation risque pays de la France reste inchangée, à A2, ce qui reflète un risque d’impayé des entreprises «peu élevé».


Dans ce paysage contrasté, comment devrait justement évoluer le risque de crédit des entreprises dans les prochains mois à l’international ?

Sur les 38 pays pour lesquels nous produisons des prévisions de l’évolution des défaillances d’entreprises, nous anticipons sur l’ensemble 2019 une augmentation des défaillances pour les deux tiers d’entre eux. La France en fait partie puisque nous prévoyons une hausse de ceux-ci de l’ordre de 2 %, qui touchera en grande partie les TPE. Bien que négative, cette tendance mérite néanmoins d’être relativisée dans la mesure où nous partions d’une situation initiale relativement bonne. En 2018, les défaillances de sociétés françaises avaient en effet reculé de 3 %. S’agissant des conséquences du ralentissement économique sur les délais de paiement, nous avons d’ores et déjà observé un allongement en Chine en ce qui concerne l’Asie. Des évaluations sont en cours pour les autres continents, dont l’Europe.

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