Communauté financière

Interview - Cyril Palsky, directeur, Eurogroup Consulting

«La directive révisée sur les services de paiement ouvre des opportunités aux entreprises»

Option Finance - 5 février 2018 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Cash management

Cyril Palsky, directeur, Eurogroup Consulting
Eurogroup Consulting

Destinée selon la Commission européenne à offrir aux consommateurs de l’UE une économie «de plus de 550 millions d’euros par an» et une «meilleure protection», la directive révisée sur les services de paiement a commencé à entrer en vigueur le 13 janvier dernier. Sur quoi porte ce texte, dit DSP 2 ?

Partant du double constat que le marché des paiements est très fragmenté et que le monopole dont bénéficient les banques dans ce domaine aboutit à des pratiques tarifaires défavorables aux consommateurs, la Commission européenne s’est fixé deux objectifs : harmoniser les services de paiement sur le continent d’un côté, libéraliser ce marché pour y apporter innovation et compétition entre prestataires d’un autre côté. Pour ce faire, la DSP 2, qui entrera en application progressivement d’ici à fin 2019, prévoit notamment qu’un paiement puisse dorénavant être opéré par n’importe quel acteur dès lors que celui-ci dispose d’un agrément spécifique (PSP). Avec l’accord du consommateur, particulier comme entreprise, une fintech, un opérateur télécom ou encore un groupe technologique a donc désormais la possibilité d’accéder aux serveurs de la banque du client pour consulter son compte courant et réaliser une transaction, sans que l’établissement bancaire concerné ne puisse s’y opposer. On entre ainsi dans l’ère de l’«open banking».

Dans quelle mesure les entreprises pourraient-elles profiter de la DSP 2 ?


Ce texte est susceptible de leur ouvrir plusieurs opportunités. En matière de paiements, les trésoriers vont d’abord pouvoir faire jouer la concurrence pour négocier de meilleures conditions d’exécution et de prix, l’un des atouts de la DSP 2 étant qu’elle autorise les prestataires de paiement à effectuer des opérations dans d’autres devises que l’euro. En outre, elle peut permettre à des sociétés B-to-C percevant beaucoup de virements et de prélèvements de gérer l’encaissement en interne, par exemple à travers leur application mobile, sans être dépendants des services d’une banque. Certains de nos clients corporate réfléchissent actuellement à obtenir un agrément de PSP pour être en mesure de le faire. Ensuite, la directive pourrait être bénéfique aux entreprises, en particulier aux PME et ETI qui ne disposent pas d’outils aussi sophistiqués que les grands groupes, sur le plan des services de cash management. Par exemple, une société ayant des comptes dans différentes banques pourra désormais librement, c’est-à-dire sans autorisation préalable des établissements concernés, mettre en place des applications de type agrégateurs : en accédant à l’ensemble des données compilées sur chacun des comptes, celles-ci offrent aux responsables financiers une vue consolidée de leurs soldes de trésorerie sur une même interface. De quoi faciliter le pilotage de la trésorerie, l’identification des comptes débiteurs et créditeurs se faisant en temps réel.

Faut-il y voir une menace pour les banques sur ces métiers des paiements et du cash management ?

Dans la mesure où la DSP 2 ne sera pleinement effective que dans 18 mois au plus tôt, les dangers qu’elle fait peser sur les revenus des banques semblent assez limités à court terme. A moyen et long termes, il n’est pas exclu qu’ils le restent. Dans un souci de sécurité, la plupart des trésoriers pourraient en effet être réticents à l’idée de confier leurs identifiants et mots de passe à un tiers afin qu’il exécute des opérations financières sensibles. Par ailleurs, il n’est pas évident que des entreprises acceptent d’ouvrir leurs systèmes d’information à des fintechs ou d’autres opérateurs non bancaires dans un contexte où elles se montrent vigilantes quant à la protection de leurs données, de plus en plus exposées à des cyber-attaques. Pour autant, les trésoriers les plus innovants pourront tirer parti de cette nouvelle gamme d’acteurs et de services pour faire jouer la concurrence, et mettre leurs banques au défi d’innover pour leur apporter davantage de valeur.

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