Communauté financière

Félix Orsini, Société Générale CIB

«La France restera sans aucun doute une valeur refuge en 2019.»

Option Finance - 14 décembre 2018 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

«Les ajustements politiques exposés la semaine dernière visant à répondre à une situation exceptionnelle, ils sont aisés à comprendre pour le marché.»

Félix Orsini, responsable mondial de l’origination pour le secteur public, Société Générale CIB
Société Générale CIB

Félix Orsini, responsable mondial de l’origination pour le secteur public, Société Générale CIB

L’Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de l’Etat français, devait dévoiler son programme d’émissions pour 2019 jeudi dernier. Finalement, cette présentation a été reportée au jeudi 20 décembre. Est-ce une conséquence directe des annonces faites par Emmanuel Macron quelques jours plus tôt en vue de mettre fin à la crise sociale actuelle ?
Le report de la présentation est en effet probablement lié à cette actualité. En septembre dernier, l’AFT avait exposé les grandes lignes de son programme de financement pour 2019, lesquelles faisaient ressortir des besoins de l’ordre de 195 milliards d’euros nets. Comme les mesures arrêtées par le président de la République vont avoir une incidence sur le budget de 2019, il est logique qu’elle attende de disposer d’informations complémentaires afin de savoir si le montant prévisionnel des émissions doit être revu ou non à la hausse. A ce jour, la presse fait état d’un coût indicatif de 10 milliards, mais ce montant et surtout les modalités de financement doivent être précisés. 

Ralentissement de la croissance française au quatrième trimestre en raison de la fermeture contrainte de nombreux commerces durant les week-ends précédents, hausse probable du déficit public au-delà de 3 % du PIB en 2019, scènes de violences inouïes dans la capitale française… Cette situation préoccupe-t-elle les investisseurs, en particulier étrangers ?
La principale inquiétude au sein de la zone euro demeure l’Italie aux yeux des investisseurs internationaux, même si les récents développements incitent à l’optimisme. Concernant la France, plusieurs facteurs sont de nature à rassurer. D’une part, le pouvoir exécutif ne tient aucun discours antieuropéen, de nature à fragiliser la cohésion de l’Union européenne et de l’Union monétaire. D’autre part, les ajustements politiques exposés la semaine dernière visent à répondre à une situation exceptionnelle. A ce titre, ils sont simples à expliquer pour l’Etat émetteur, et aisés à comprendre pour le marché. Enfin, leur impact budgétaire restera relativement limité. Sachant que la France dispose d’une excellente notation (AA chez S&P) et que sa dette est extrêmement liquide, le pays conserve donc les faveurs des gérants et des institutionnels. 

Faut-il toutefois redouter une dégradation des modalités d’emprunt de la France, alors que le pays sera l’an prochain le deuxième principal émetteur souverain européen derrière l’Italie ?
En raison des échéances politiques à venir (Brexit, élections en Italie et au Parlement européen), des incertitudes autour de la croissance et de l’arrêt des achats nets d’actifs par la Banque centrale européenne, il est difficile d’anticiper l’évolution des rendements souverains pour 2019. Pour autant, force est de constater que la «crise des Gilets jaunes» n’a eu que des effets limités sur les conditions d’emprunt de la France. Si l’écart entre les taux allemand et français à 10 ans a atteint en début de semaine dernière un pic annuel à 47 points de base (pb), il est depuis retombé autour de 43 pb. Il reste certes plus élevé que durant le premier semestre, quand il avoisinait 25-30 pb avant le début de la crise italienne, mais il s’établit autour de sa moyenne historique. Le plan de sortie de crise du gouvernement étant connu et son coût déjà intégré dans les taux, il y a de quoi être confiant. La France demeurera sans aucun doute une valeur refuge en 2019.

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