Communauté financière

Interview - Olivier Marion, président de l’Association pour le retournement des entreprises (ARE)

«La réduction du nombre de procédures collectives et amiables devrait se poursuivre cette année.»

Option Finance - 18 juin 2018 - Propos recueillis par Thomas Feat

Procédure collective

Olivier Marion, président de l’Association pour le retournement des entreprises (ARE)
Association pour le retournement des entreprises

Le nombre de procédures collectives a enregistré une baisse de 6 % l’an dernier, selon une récente étude du cabinet Deloitte. La tendance va-t-elle se poursuivre en 2018 ?

La dynamique devrait être sensiblement identique cette année. Quoique aucune donnée n’existe, confidentialité des opérations oblige, nous constatons parallèlement, sur la base de nos discussions avec les acteurs de la restructuration, une diminution marquée des procédures amiables. En corollaire, la baisse des défaillances d’entreprises constatée ces dix-huit derniers mois se traduit par une réduction du nombre d’emplois directement menacés.


Quelles sont les raisons de cette embellie ?


Celle-ci découle directement de l’amélioration de la conjoncture, même si certains secteurs comme la distribution avec le retail textile ou les services pétroliers demeurent fragilisés, l’un par le bouleversement des modes de consommation et la montée en puissance de nouveaux concurrents, l’autre par la chute puis la relative stagnation, pas si lointaines, du prix du baril de pétrole. Elle s’explique également par une abondance retrouvée de liquidités en provenance des banques, des marchés et des acteurs du capital-investissement, qui crée des conditions favorables au financement par endettement, aux recapitalisations ou aux acquisitions, lesquels permettent de répondre à des situations de déséquilibre bilanciel. Enfin, l’apparition de nouveaux acteurs sur le marché du retournement, les hedge funds, acheteurs de créances sur le marché secondaire à des prix décotés et par ailleurs disposés à injecter du cash dans les structures, sert globalement les entreprises en difficulté.

 
En 2016, la Commission européenne a proposé un projet de directive visant à harmoniser les réglementations nationales en matière d’insolvabilité. Où en est l’élaboration de ce texte ?

La phase de consultation entre les 28 pays de l’UE se poursuit actuellement. Une première mouture pourrait être présentée à l’automne 2018. Très impliquée dans ces discussions, l’Association pour le retournement des entreprises (ARE) s’engage pour promouvoir la diffusion au niveau européen des mesures de prévention que sont les négociations amiables, une spécificité française qui, dans 70 % des cas, débouche sur la mise en place d’une solution pérenne pour les entreprises.


L’ARE a participé aux consultations sur la loi Pacte. Quelles ont été vos propositions ?

Nous avons repris peu ou prou les recommandations que nous avions formulées en 2017 lors de la campagne présidentielle. Nous sommes par exemple favorables à la création d’incitations fiscales pour l’investissement dans des structures susceptibles d’être redressées, ou à la limitation des exceptions au gel des dettes antérieures d’une entreprise vacillante afin de favoriser son rebond. Nous avons en outre soutenu une proposition des pouvoirs publics d’amender le droit français en matière d’organisation des comités de créanciers lors des procédures de sauvegarde ou lors de redressements judiciaires. A ce jour, ces comités s’organisent selon la nature des créanciers : obligataires, bancaires et fournisseurs. Il nous semble utile de les voir réorganisés en fonction des sûretés qu’ils détiennent comme cela se fait en Angleterre ou aux Etats-Unis, pour équilibrer davantage les rapports de force en fonction de la détention de la valeur économique.


Vous avez été élu récemment à la présidence de l’ARE pour deux ans. Quelle est votre feuille de route ?

D’abord, perpétuer la vocation première de l’association, à savoir la promotion de tous les outils permettant aux entreprises d’anticiper leurs difficultés ou de les traiter dans un cadre propice à leur résolution. L’ARE continuera de prendre part à toutes les réflexions menées dans le cadre des évolutions législatives et réglementaires évoquées précédemment. Pour ce faire, nous avons structuré en début d’année une commission des lois dans notre organigramme, représentative de nos différentes professions. L’ARE continuera également de s’engager dans la sensibilisation des jeunes générations, grâce aux partenariats noués avec des établissements d’enseignement supérieur tels que HEC (majeure Entrepreneuriat) ou Dauphine (Master Contrôle – Audit – Reporting). Enfin, nous développerons de nouvelles connexions avec les acteurs régionaux du retournement. Fin juin, nous organiserons par exemple un colloque sur la thématique de la prévention et du traitement des difficultés financières, en partenariat avec le tribunal de commerce de Lyon et une association régionale, Prévention et Retournement. L’association a vocation à continuer d’élargir son cercle d’adhérents pour tenir compte de toutes les réalités du terrain, toujours avec un objectif clé : la prévention.

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