Communauté financière

Interview - Olivier Torrès, professeur et président de l’observatoire de la santé des dirigeants de PME Amarok

«La solitude des dirigeants de PME est bien réelle.»

Option Finance - 14 novembre 2016 - Propos recueillis par Astrid Gruyelle

Dirigeants, PME

Olivier Torrès, professeur et président de l’observatoire de la santé des dirigeants de PME Amarok
PME Amarok

Près de la moitié (45 %) des dirigeants de PME se sentent isolés, d’après une étude réalisée par Bpifrance Le Lab auprès de 2 400 dirigeants de PME et que vous avez supervisée. Comment expliquez-vous ce résultat ?

Le constat est sans appel. Des travaux antérieurs avaient déjà mis en lumière ce phénomène mais, du fait de l’ampleur du panel des personnes interrogées, cette nouvelle étude vient confirmer que la solitude du dirigeant de PME est bien réelle. Celle-ci est principalement criante lors de la prise de décision. Seuls à diriger l’entreprise dans 53 % des cas, les dirigeants ne disposent en effet pas souvent de bras droit avec lequel ils puissent réfléchir sur les choix stratégiques à opérer. Cette situation les conduit généralement à travailler sans relâche, plus de 50 heures par semaine pour 72 % d’entre eux, voire plus de 60 heures par semaine pour 31 %. Si 54 % des dirigeants se sentent isolés lorsque les performances de l’entreprise sont mauvaises, ils sont toujours 40 % dans ce cas même lorsqu’elles sont bonnes.
 

D’où provient ce sentiment d’isolement ?

Il est en premier lieu causé par l’incertitude et la complexité de l’environnement dans lequel évoluent les PME. Souvent conçues en fonction des grandes entreprises, les nouvelles réglementations viennent en particulier s’imposer aux PME qui ne disposent que rarement de directeur des ressources humaines ou de directeur juridique à même de les aider à anticiper et appliquer ces changements. Sur ces sujets, les dirigeants de PME, polyvalents par nécessité, doivent en outre, à l’occasion de contrôles, faire face à des inspecteurs du travail et des impôts plus experts qu’eux.

Le sentiment de solitude s’explique également par le poids des responsabilités qui incombent aux dirigeants de PME engagés patrimonialement dans leur entreprise. En effet, dans 68 % des cas, les dirigeants sont propriétaires de leur société, en tant qu’unique détenteur du capital ou actionnaire majoritaire. Leur patrimoine risque donc d’être directement affecté en cas de mauvais résultats. Enfin, ces chefs d’entreprise souffrent d’un manque de reconnaissance sociale et de préjugés les concernant. En France, les chefs d’entreprise sont souvent mal perçus. Les dirigeants de PME souffrent particulièrement d’être confondus avec les PDG de grandes entreprises.


Comment les dirigeants de PME peuvent-ils rompre avec la solitude ?


Il ressort de l’étude que les dirigeants cherchent à s’en défaire en participant à des réseaux d’entrepreneurs, des foires et des salons, à une activité syndicale professionnelle ou encore associative. Toutefois, il n’est pas établi que ces démarches permettent de réduire sensiblement leur solitude. En revanche, des solutions plus efficaces existent, mais elles restent encore très peu mises en pratique au sein des PME.

En particulier, faire entrer des associés au capital de l’entreprise constitue un premier moyen de lutter contre la solitude. En effet, 53 % des sondés se sentent isolés lorsqu’ils sont propriétaires de leur entreprise, mais cette proportion diminue lorsque des minoritaires entrent au capital. Mais, plus encore que le partage du capital, c’est le partage de la direction qui permet de réduire le sentiment d’isolement. Les dirigeants ont à ce titre tout intérêt à mettre en place une structure de gouvernance. Alors qu’en l’absence d’instance, la proportion des dirigeants isolés est de 48 %, celle-ci passe à 42 % lorsqu’un comité de direction est introduit et à 25 % lorsque s’y ajoute un conseil d’administration avec des administrateurs indépendants. Pourtant, seuls 4 % des dirigeants interrogés ont mis en place une telle gouvernance à ce jour.

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