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Interview - Gilles Mentré, associé-gérant, Lazard

«L’activisme n’est plus seulement le fait de quelques fonds spécialisés»

Option Finance - 27 février 2017 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Gilles Mentré, associé-gérant, Lazard
Lazard

Selon un rapport que vient de publier Activist Insight, sept campagnes d’activistes ont été menées en France en 2016. Les sociétés cotées font-elles face à une montée de l’activisme ?
Oui, mais cette tendance n’est pas uniquement française. En 2016, nous avons recensé près de 80 campagnes d’activistes en Europe lancées sur des sociétés affichant une capitalisation boursière supérieure à 500 millions d’euros, un nombre en hausse de 20 % sur un an. Même si la moitié de ces opérations a été observée au Royaume-Uni, de nombreux pays sont concernés, y compris l’Allemagne, que certains opérateurs de marché considéraient pourtant comme protégée, il y a encore peu de temps, en raison de la présence significative d’actionnaires de référence. Ainsi, Stada Arzneimittel, E.On, Volkswagen ou encore Wirecard ont récemment fait l’objet d’interventions d’activistes. Aux Etats-Unis, le phénomène est encore plus marqué. Depuis 2012, entre 100 et 150 campagnes sont menées chaque année sur de grands groupes cotés. Là-bas, et de plus en plus en Europe, l’activisme est devenu une pratique de marché courante.

Comment expliquez-vous cette situation ?
D’abord, l’activisme n’est plus seulement le fait de quelques fonds spécialisés. En effet, un nombre croissant d’investisseurs, y compris institutionnels, exercent un rôle plus actif en posant davantage de questions au management des sociétés, voire en rendant publiques certaines de leurs revendications. C’est par exemple ce qu’a fait Schroders l’année dernière sur une midcap britannique. Cette situation s’explique principalement par deux éléments. Premièrement, certains gérants ont tendance à accroître le poids de leurs participations, qui peut facilement atteindre 3 % du capital d’une grande entreprise pour des acteurs comme BlackRock. Dans ce contexte, ces fonds ne peuvent pas se permettre de rester inactifs. Deuxièmement, l’émergence de la gestion passive dans l’univers de l’asset management place les gérants «actifs» sous pression. Afin de justifier les commissions perçues, ceux-ci sont donc contraints de se montrer plus offensifs. Sans aller jusqu’à initier une campagne, ils sont plus à l’écoute des activistes qui ont, de leur côté, sous l’effet du phénomène de concentration du capital, moins d’investisseurs à convaincre pour parvenir à leurs fins.

Ensuite, le comportement des actionnaires activistes a évolué au cours des dernières années. Auparavant, il y avait d’un côté des activistes menant des campagnes publiques, qui jouaient la confrontation ouverte avec le management, et d’un autre côté des activistes «constructivistes» qui, prêts à conserver durablement leurs positions, recherchaient une progression du cours boursier via la mise en œuvre de mesures opérationnelles. A la différence de la première catégorie, leurs actions restaient généralement discrètes. Désormais, nous assistons à une convergence de ces pratiques et des demandes, comme par exemple les exigences en matière de gouvernance, ce qui tend à rendre ces opérations plus visibles.
 
Chez Lazard, vous accompagnez des sociétés qui sont approchées par des actionnaires activistes. Quels conseils leur prodiguez-vous ?
Après avoir créé une équipe dédiée à la «gouvernance stratégique» à New York il y a près de quatre ans, nous avons en effet lancé cette activité à Paris il y a un an, avec un périmètre d’intervention européen. Notre mission ne consiste pas toujours uniquement à «défendre» la société ciblée par un activiste, mais à l’assister dans la gestion de la relation avec le fonds concerné et les autres actionnaires. Dès lors qu’un activiste initie un contact, nous aidons nos clients à décider s’il faut répondre ou non, sur le contenu et le format de la réponse à apporter et par qui. Lorsque nous sommes mandatés par des entreprises qui pourraient devenir des cibles, nous pouvons également les conseiller en identifiant avec eux leurs vulnérabilités sur lesquelles un activiste pourrait les attaquer. Compte tenu de la montée de l’activisme dans le monde, cette activité est actuellement en plein essor. C’est pourquoi Lazard a renforcé ses équipes, tant aux Etats-Unis qu’en Europe.

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