Communauté financière

Interview - Rémi Legrand, associé, Eurogroup Consulting

«Le choix de Paris pour l’autorité bancaire européenne accroît le rayonnement de la place»

Option Finance - 27 novembre 2017 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Brexit

Rémi Legrand, associé, Eurogroup Consulting
Eurogroup Consulting

La ville de Paris a été désignée la semaine dernière pour accueillir à partir de 2019 le siège de l’Autorité bancaire européenne (ABE), contrainte de quitter Londres en raison du Brexit. Est-ce une bonne nouvelle pour la place financière française ?

Indiscutablement, oui. Les places de Paris, Francfort, Luxembourg et Dublin se livrent depuis plusieurs mois une compétition acharnée en vue d’accueillir les institutions et les activités financières aujourd’hui basées dans la capitale britannique. Dans ce contexte, la venue de l’ABE en France nous permet de marquer un point, principalement face à Francfort. La symbolique est d’autant plus forte que l’ABE exerce un rôle essentiel dans le système bancaire européen : en tant que régulateur, elle a en effet pour mission d’assurer la stabilité financière dans l’ensemble de l’Union européenne (UE), via notamment la mise en place de règles communes aux différents pays. Dans la mesure où le Brexit va se traduire par un éclatement des activités opérées depuis Londres dans plusieurs Etats, l’ABE devra alors s’assurer que ce phénomène ne génère pas de nouveaux risques pour le système financier, ce qui est censé renforcer ses prérogatives dans les prochaines années. Face à ce constat, le choix de Paris ne peut qu’améliorer la réputation et le rayonnement de la place.


Quels facteurs ont pesé pour que la France l’emporte ?

Avant tout, un paramètre exogène a probablement eu une influence majeure, au détriment de Francfort. Alors que la ville allemande héberge déjà la Banque centrale européenne et l’instance de supervision des principales banques de la zone euro, à savoir le Mécanisme de surveillance unique, les Etats membres de l’UE ont sans doute tenu à marquer une distinction géographique avec, d’un côté, ce qui relève du contrôle des établissements de l’Union monétaire, et, de l’autre, du contrôle des établissements de l’UE. A partir de là, Paris disposait de nombreux arguments pour l’emporter face à ses concurrentes, comme par exemple la présence de banques figurant aux premiers rangs européens (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE…) et celle de l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma). L’existence d’infrastructures de transport de qualité, en particulier sur le plan aéroportuaire, a également constitué un sérieux atout, les collaborateurs de l’ABE étant amenés à se déplacer fréquemment à l’étranger.


L’arrivée de l’ABE en France pourrait-elle se traduire par d’autres mouvements d’ampleur ?

Au-delà des quelque 170 salariés que compte l’ABE, ce déménagement devrait vraisemblablement avoir des répercussions sur l’écosystème hexagonal de la réglementation bancaire. Aujourd’hui, les cabinets de conseil, d’audit et d’avocats emploient à Londres un nombre significatif de collaborateurs chargés de travailler sur ces enjeux. Leurs homologues situés à Paris devraient ainsi renforcer leurs compétences pour répondre aux demandes du régulateur notamment. En parallèle, les banques qui hésitent encore sur l’endroit où relocaliser leurs collaborateurs pourraient être incitées à privilégier Paris. Enfin, l’accueil de l’ABE pourrait permettre à la France de tirer son épingle du jeu en matière d’activités de compensation pour les opérations de dérivés en euros. Effectuées pour l’essentiel depuis Londres, ces dernières vont en effet être transférées et réparties au sein de l’UE. Or il s’agit là d’un des principaux enjeux du Brexit, compte tenu de la taille du marché des produits dérivés et des emplois qu’il représente. Dans un rapport qu’Eurogroup Consulting vient de publier en partenariat avec l’institut Louis Bachelier, nous estimons que jusqu’à 80 000 postes pourraient être concernés sur un horizon de sept ans.

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