Communauté financière

Interview - Dominique Gaillard, président, France Invest

«Le contexte demeure extrêmement porteur pour le capital-investissement»

Option Finance - 27 janvier 2020 - Propos recueillis par Arnaud Lefebvre

Private Equity, Capital investissement

Les acteurs européens du capital-investissement se réunissent cette semaine à Cannes à l’occasion de l’International Private Equity Market (IPEM). Dans quel contexte se déroule cette grand-messe pour le secteur ?

Le contexte demeure extrêmement porteur pour le capital-investissement, tant à l’international qu’en France. Si les chiffres relatifs à l’activité en 2019 dans l’Hexagone ne seront publiés par France Invest qu’en mars prochain, tous les voyants se maintiennent au vert. Au premier semestre de 2019, après une hausse des capitaux levés (+ 21 % par rapport au premier semestre de 2018, à 8 milliards d’euros) et des investissements réalisés (+ 28 %, à 7,8 milliards), la tendance semble s’être poursuivie. En capital-développement et en buyout, les retours de nos membres sont en effet positifs. L’activité infrastructure bénéficie, quant à elle, d’un afflux continu de liquidités, en provenance notamment des assureurs. Concernant le capital-innovation, une étude récente d’EY a montré que les fonds levés par les start-up françaises avaient doublé l’an passé, à plus de 5 milliards d’euros. A ce sujet, il est intéressant de constater que les tours de financement de plus de 50 millions d’euros ont fortement augmenté, ce qui démontre que le manque de financement auprès des fonds français dont ont longtemps souffert les start-up sur les derniers rounds avant leur introduction en Bourse tend à se résorber. Le constat est d’autant plus positif qu’une vingtaine d’investisseurs institutionnels français viennent de s’engager à allouer plus de 6 milliards d’euros sur trois ans aux fonds intervenant au capital d’entreprises technologiques cotées et non cotées.
 

L’abondance actuelle de liquidités sur les marchés financiers, dont celui du private equity, entraîne toutefois une inflation continue tant des valorisations des entreprises non cotées, qui atteignent aujourd’hui pour les PME européennes un plafond historique, selon l’indice Argos, que des leviers d’endettement. France Invest s’inquiète-t-elle de cette dynamique ?

Il est vrai que plusieurs facteurs peuvent faire penser à 2007-2008 : les multiples de dette sur Ebitda sont aussi élevés qu’à l’époque, tandis que les financements accordés sont remboursables in fine et que les documentations juridiques contiennent peu de covenants, comme à l’époque. Pour autant, nos membres se montrent vigilants dans leur analyse du risque. De plus, les prêteurs font preuve d’une plus grande sélectivité sur les dossiers qu’ils acceptent de financer. Afin d’éviter qu’une détérioration de la performance des entreprises n’obère leur capacité de remboursement, ils se positionnent pour l’essentiel sur des emprunteurs affichant une croissance organique solide et générant des cash-flows importants.


Quelles sont les priorités de l’association pour 2020 ?


D’abord, nous souhaitons voir le marché du capital-investissement poursuivre sa croissance. Plusieurs évolutions législatives récentes sont favorables au secteur, comme la loi Pacte, qui offre la possibilité aux assureurs-vie de proposer à leurs clients d’allouer une part plus élevée de leurs portefeuilles aux actifs non cotés. C’est aussi le cas de la loi de finances pour 2020, qui assouplit le dispositif de l’apport-cession. Dorénavant, un entrepreneur vendant son entreprise pourra bénéficier d’un report d’imposition sur la plus-value de cession s’il réinvestit une partie du produit de la vente dans des fonds de capital-investissement et plus seulement dans des entreprises. Afin de capitaliser sur ces avancées, France Invest va proposer aux chargés d’affaires des assureurs une formation pour les familiariser avec cette classe d’actifs, et aux banquiers privés une présentation pour évoquer l’apport-cession comme placement pour leurs clients. La deuxième priorité sera d’inciter nos membres à aller plus loin en matière de parité et/ou de mixité, tant en ce qui concerne leurs propres équipes qu’au sein des sociétés dont elles sont actionnaires. Nous sommes en train de finaliser la rédaction d’une charte promouvant ces principes. Sur le plan environnement, enfin, nous chercherons à convaincre davantage de sociétés de gestion à adhérer à l’Initiative Climate International, lancée en 2015 par quelques-unes d’entre elles et à laquelle participent aujourd’hui 36 de nos membres. Ce programme consiste à mesurer l’empreinte carbone des entreprises en portefeuille, et de mettre en œuvre un plan d’actions dans le but de la réduire.


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